2ème Lettre ouverte adressée au président de la République

Monsieur le président de la République,

Par le truchement de l’Association pour le Développement de Saldé -ADS-, les populations de notre localité se tournent une fois de plus vers votre excellence pour rappeler les difficultés chaque jour croissantes qu’elles endurent la mort dans l’âme.

Même si, de nos jours, il est relégué aux oubliettes, Saldé-Tébégout a tout de même joué un rôle de premier ordre dans le Sénégal colonial et plus précisément de 1858 à 1960. En effet, non seulement il a abrité un fort construit en 1859, mais aussi, dès novembre 1894, il a vu prospérer la quatrième école implantée dans la région, après celles de Saint-Louis, Podor, Bakel et Dagana. Son bureau de poste et son dispensaire sont les plus anciens du Foûta après ceux de Podor.

Mieux, Saldé a été le chef-lieu de la province des Yirlâbé-Hebbiyâbé de 1894 à 1907, chef lieu de cercle de 1907 à 1912, puis de 1922 à 1928, pour ne redevenir qu’un chef-lieu de canton de 1928 à 1960 et d’arrondissement de 1960 à nos jours. Le Général Louis Faidherbe connaissait autant Saldé que Saint-Louis, Podor et Bakel. Paul Holl, Dodds et Eugène Nicolas y ont exercé les charges tantôt de chef de subdivision, tantôt de commandant de cercle et ont légué à la postérité des monographies sur ce haut « centre d’élégance et de bon goût » foutanké.

Ce Saldé-là qui a fait la fierté de plusieurs générations d’intellectuels foûtankôbé ayant fréquenté son école, se meurt aujourd’hui au point que, comble d’offense, le sous-préfet qui devait y représenter l’Etat et ses démembrements, a préféré abandonner son poste d’affectation pour élire domicile à Galoya situé à une dizaine de kilomètres de son port d’attache, dans le diêri ! On attribue ce déménagement à deux faits préjudiciables à tout projet de développement : l’enclavement et la non électrification de la localité. Soit dit en passant, l’Ile à Morfil a toujours été tenue en marge de la plupart des soi-disant plans de développement initiés dans notre pays de 1960 à l’an 2000, mais jamais réalisés.

Pourtant, le développement d’une région, pour être harmonieux, devrait d’abord commencer par le désenclavement et la mise en valeur économique et sociale de chaque portion du pays.

Or, Saldé et Cas-cas qui sont coupés du reste du Sénégal pendant l’hivernage (de fin août à fin décembre) sont livrés à toutes sortes de calamités (intempéries, endémies et incurie). Quand l’émigration du sous-préfet s’y ajoute, on devine alors l’exacerbation des frustrations des populations. Dès lors, aucune politique de développement digne de ce nom ne peut réussir dans des conditions d’hostilité et de marginalisation aussi manifestes.

Le deuxième point de rancœur est la non électrification de Saldé et de Cas-cas, les deux seuls chefs-lieux de sous-préfecture qui ne jouissent jusqu’ici de cette forme noble d’énergie. Ce qui est aberrant outre mesure, c’est que, depuis trois ans, les villages du Diêri qui pourtant dépendent administrativement de ces deux localités profitent de l’énergie conventionnelle alors que Saldé et Cas-cas vivent encore dans l’obscurité, au propre comme au figuré.

Plus grave, les poteaux qui devaient servir de support au transport du courant électrique ont été purement et simplement transférés de Ngouy et Madîna-Ndiathbé où ils étaient entreposés, à une destination inconnue des villageois, peu de temps après les élections de mars 2000.

Evidemment, le détournement imprévu et impuni des moyens d’électrification destinés à la zone a plongé les braves et paisibles populations dans une amertume indicible. Et, comme pour noyer l’Ile à morfil avant de la rayer à tout jamais de la carte du Sénégal, certains politiciens, en mal d’inspiration, s’ingénient aujourd’hui comme hier, à faire accepter par les pouvoirs publics le dépouillement de Cas-cas et Saldé de leur fonction administrative au profit de certaines bourgades du Diêri.

Or, l’économiste et visionnaire que vous êtes sait mieux que quiconque qu’un tel dessein parce qu’absurde, impopulaire, donc inconséquent, jure avec la conception moderne de l’aménagement du territoire et aussi avec la politique de gestion efficiente des terres situées de part et d’autre du fleuve Sénégal, politique prônée par l’O.M.V.S. aux destinées de laquelle, à l’enthousiasme de vos pairs, vous présidez depuis peu. En lieu et place de cette provocation, les braves populations de l’Ile à morfil en général, celles de Saldé-Tébégout en particulier, souhaiteraient :

  • le désenclavement de toute la zone par la réalisation de ponts sur le marigot de Doué à hauteur de Ngouy pour Saldé et de Madîna-Ndiathbé pour Cas-cas,
  • la construction de pistes de production reliant les différents pôles de développement de l’Ile et favorisant une meilleure intégration économique et sociale et un maillage rationnel de cette zone frontalière,
  • l’électrification rapide et totale de l’ile en vue de porter remède à la situation inique que vivent Saldé et Cas-cas, les deux derniers chefs-lieux d’arrondissement non encore pourvus de cette manne indispensable et confrontés au grand banditisme transfrontalier,
  • la réfection des locaux de l’école et de la maternité de Saldé-Tébégout dont les toitures ont été emportées par les pluies de contre-saison de janvier 2002; le regroupement du dispensaire (aujourd’hui menacé de ruine par l’érosion fluviale) et de la maternité sur le site de cette dernière,
  • la résurrection (après correction des fautes lourdes qui lui ont été fatales) de l’exploitation de la cuvette Saldé-Wallah, un projet rizicole de 600 hectares ayant englouti plusieurs milliards de francs CFA et dont la disparition brutale a plongé les braves paysans de la zone dans un appauvrissement généralisé,
  • l’érection à Saldé du lycée agricole en gestation aux fins de réparer une injustice de plus : Saldé est le seul chef-lieu administratif ne disposant pas encore d’un établissement d’enseignement digne de ce nom.

Monsieur le président de la République,

Au moment où, grâce à Dieu, par votre détermination sans faille, votre amour sincère de la patrie, votre sens élevé de l’Etat, sous votre sage direction, le gouvernement s’achemine lentement mais sûrement vers le dénouement heureux de l’imbroglio casamançais, nous souhaitons ardemment que les doléances de la plus grande île du Sénégal trouvent elles aussi une satisfaction juste et durable dans un Sénégal réconcilié avec lui-même, uni et prospère.

Par notre voix, les populations de l’Ile à morfil en général et celles de Saldé en particulier, ont l’honneur de solliciter de votre très haute bienveillance l’examen de la présente requête dans les meilleurs délais.

Dans l’attente d’une suite favorable à notre demande, nous vous prions d’agréer, monsieur le président de la République, l’expression de notre très profond respect.

Harouna Amadou dit Harouna Rassoulou
Wal-fadjri, mercredi 18 juin 2003, Dakar