Biographie de Cheikh Ahmed Tidjâne

Mawlânâ Cheikh Ahmed Ibn Mouhammad Ibn Moukhtâr at-Tidjâni est né à Aynou-Mâdhi (Algérie), dans la nuit du 18 safar, en l’an 1150 (lundi 17 juin 1737). Son père s’appelait Mouhammad (Mahammad) Moukhtâr et sa mère Aychâ Bint Mouhammad Sanoussi at-Tidjâni. Sa famille paternelle appartenait à la branche des Maddawayi.

A sept ans, le jeune Ahmed aura mémorisé les 114 sourates du saint Coran sous la conduite de Mouhammad Ibn Hammouat-Tidjâni, un maître de renom. Il apprit le droit musulman à l’école mâlikite et étudia les différents traités de jurisprudence auprès du connaissant d’Allâh, le savant Mabroûk Ibn Boû’afiya Madawi at-Tidjâni. Ahmed at-Tidjâni était intelligent, pieux, modeste, assidu dans ses études et plein de volonté ; « tout ce qu’il entamait, il le terminait », soutenait son entourage.

Un jour, en sortant de ses cours, devant lui, il vit une lumière qui montait jusqu’au ciel, puis le Prophète (sas.) apparut et lui dit : « Continue car tu es dans la vérité ! » A maintes reprises, le Prophète (s a s) lui apparut tant à l’état de veille qu’en rêve. Mieux, la plupart du temps, Cheikh at-Tidjâni se voyait sur un trône commandant des milliers de créatures. A quinze ans, il était moufti ou docteur de la loi.

Sur une forte recommandation de ses parents, il contracta son premier mariage aux alentours de ses seize ans ; mais cette union n’a pas fait long feu. C’est également à l’âge de seize ans que, suite à une épidémie de peste, il perdit son père et sa mère, le même jour. Les défunts furent inhumés dans une tombe commune.

A vingt et un ans, il avait déjà fait le tour des savoirs livresques et tous les savants lui reconnaissaient déjà le titre très enviable d’«Océan du savoir. » C’est à l’état de veille que le Prophète Mouhammad (sas) lui confirma qu’il était son petit-fils en lui assurant : « Réellement tu es mon fils … Ton ascendance par Hassan ibn Ali est authentique. » Sa chaîne généalogique est la suivante :

Fils de Mouhammad
Fils de Moukhtâr
Fils d’Ahmed
Fils de Mouhammad
Fils de Sâlim
Fils d’Abi-l’Ayid
Fils de Sâlim
Fils d’Ahmed Alwani
Fils d’Ahmed
Fils d’Aali
Fils d’AbdAllâh
Fils d’Abbâs
Fils d’Abd-el-Jabbâr
Fils d’Idriss II
Fils d’Idriss Kabîr
Fils d’Ishâq
Fils d’Ali Zeyn el Abidîn
Fils d’Ahmed
Fils de Mouhammad Nafs Zakkiya
Fils d’AbdAllâh Kâmil
Fils de Hasan Mouççanna
Fils de Hasan Moujtabat
Fils d’Ali et de Saydâ Fâtoumatou Bint Rassouloulâh (s a s)

C’est également à l’âge de vingt et un ans qu’il quitta Aynou-Mâdhi pour Fès (Maroc), siège de la grande Université-Mosquée Qarawiyyin. En un temps record il acquit tous les titres académiques auxquels il aspirait. Malgré tout, cela ne le grisa nullement parce qu’il tenait à aller encore plus loin pour étancher sa soif de savoir. Il retourna à Aynou-Mâdhi, puis se rendit à Abiod-Sîdy-Cheikh auprès de Sîdy Cheikh Ben ed-dîn, ensuite il séjourna à Tlemcen en 1768. Il avait alors trente et un ans. Il y enseigna plusieurs années durant.

Tout au long de son cursus initiatique, Cheikh Ahmed at-Tidjâni aura embrassé six voies et rencontré d’éminents savants tel Mawlânâ Tayb Ibn Mouhammad. Il a été qâdr à Fès, nasri auprès du wâli Sîdy Mouhammad Ibn Abdallâh Tazani…Il a côtoyé le Pôle Sîdy Ahmed el-Habîb Ibn Mouhammad connu sous le nom de Ghamary Sejelmasi. Il fréquenta d’autres saints comme Sîdy Mouhammed Ibn el-Hasan el-Wanjali « qui lui révéla que l’accomplissement de son ouverture (fat’h) ne se réalisera que près de la zaouiya du grand qoutb de Balad et Abiad au Sahara », Sîdy Abou el-Hasan Chadili, Sîdy Abdallâh Ibn Sîdy Ibn Arbi ibn Ahmed du Waled Ma’an el-Andaloussi. A juste raison, il affirmait qu’il n’avait pas reçu son savoir que d’une seule personne, mais de tous ceux qu’il a rencontrés.

En 1773, Cheikh Ahmed at-Tidjâni sentit le besoin d’accomplir le pèlerinage à La Mecque, cinquième pilier du culte islâmique. C’est au cours de ce long périple que, dans les environs d’Alger, il s’initia à la Khalwatiya auprès de Sîdy Mouhammad Ibn Abd er-Rahmân el-Azhari surnommé Mouhammed Bou Qobrine, du fait de ses deux tombes. Cette voie tire son nom de « khalwa »  qui signifie retraite spirituelle ; donc l’isolement spirituel de l’adepte en constitue le principe fondamental.

Le khalwati ou khalwi doit se retirer dans une grotte ou dans un endroit fermé pour pratiquer la prière, la méditation, le wird, donc la récitation du Coran et le zikr. D’une durée minimale de trois jours, cette retraite se fait avec la consommation de très peu de nourriture. La Khalwatiya devint la Rahminaniya en référence à Abderrahmâne, prénom du père de Bou Qobrine qui a introduit cette târiqa en Algérie; ce qui concédera à la zawiyya Lalla Rahmaniya sa dénomination actuelle.

Cheikh résida une année en Tunisie où il enseigna les Hikam d’Ibn Ata Allâh. Sur son chemin, il s’arrêta au Caire où il rencontra le wâli Sîdy Mahmoud al-Kourdiy, originaire d’Irak. Les deux saints eurent une discussion mystique au terme de laquelle Al-Kurdiy révéla à Cheikh at-Tidjâni que Dieu lui réservait une station exceptionnellement plus exaltante qu’al-Qoutbaniy al-ouzma.

Cheikh at-Tidjâni poursuivit son voyage et arriva à La Mecque où il entra en contact avec Cheikh Sîdy Ahmed Ibn Abdallâh el-Hindy qui lui fit entendre ceci : « Tu es l’héritier de ma science, de mes secrets, de mes dons et de mes lumières. » A cette occasion, El-Hindy transmit à Cheikh at-Tidjâni tout ce dont il disposait et rendit l’âme peu après. Par la suite, Cheikh Ahmed at-Tidjâni joignit Madîna où il rencontra Sîdy Mouhammad Ibn Abd el-Karîm Sâman.

Après une retraite spirituelle de trois jours, Cheikh Sâman lui donna d’autres merveilles dont Hizboul Bahri, Moussaba’ atoul ashri, Dawroula’lâ etc…Cheikh at-Tidjâni y visita la tombe du Prophète Mouhammad (s a s) et retourna au Caire où Sîdy Mahmoûd al-Kourdiy lui transmit la voie Khalwatiya (basée en partie sur la Salâtoul Fâtihî dont la composition a été attribuée à Mouhammad el-Bakri Siddiqi), en lui délivrant le diplôme d’autorisation afin qu’il initiât et formât ses disciples à cette voie ; c’est ce wird que le Cheikh transmit en premier lieu à Mouhammad al-Mishriy qu’il rencontra vers 1768 et à Âli ben Îssa dit El-Hâdj Aliy Harâzîm dont il fit la connaissance à Wadjda, en 1778, alors qu’ il était en partance pour Fès.

D‘ailleurs, à propos de l’origine de la Salâtoul Fâtihî, Al-Bakri aurait soutenu « Celui qui la récite une fois et qui n’entre pas au paradis, qu’il me prenne et m’emmène (le Jour du jugement dernier) devant Allâh ». C’est le Prophète (s a s) qui a révélé cette invocation au Cheikh en lui disant : « Salâtoul Fâtihî n’a pas été composée par El-Bakri (1492-1545), mais ce dernier s’est orienté vers Allâh pendant une longue durée afin que lui soit révélée la prière (sur le Prophète) qui contient plus de mérite que l’ensemble des autres prières et qui contient le secret de l’ensemble des autres prières. Sa demande fut longue mais exaucée. Un ange est alors venu à lui avec cette prière écrite sur une tablette de lumière.

Cheikh at-Tidjâni a dit : « Parmi les supplications, il en est une qui équivaut à la récompense de la nuit du Destin telle que Sayfiyou, or le Nom suprême équivaut à 36 millions de nuits du Destin ; une seule fois le Nom Suprême équivaut à 6000 Salâtoul Fâtihî et une Salâtoul Fâtihî équivaut à 6000 supplications telle que Sayfiyou ; donc si tu multiplies 6000 par 6000, tu trouves 36 millions et cela concerne une seule récitation de Salâtoul Fâtihî. »

Cheikh at-Tidjâni a ajouté : « Si les habitants des sept cieux et tous ceux qu’ils contiennent et les habitants des sept terres et tous ceux qu’elles contiennent se rassemblent pour décrire la valeur de Salâtoul Fâtihî, ils n’en seraient pas capables… Car elle provient de l’invisible sous cette forme et tout ce qui provient de l’invisible, sa perfection est confirmée ; elle ne provient pas d’une composition écrite. »

Mawlânâ Cheikh a aussi déclaré : « Salâtoul Fâtihî est une grâce divine qui ne laisse pas de place à la raison humaine. S’il y’avait 100 000 communautés et que chacune soit composée de 100 000 tribus et que chaque tribu soit composée de 100 000 hommes et que chacun de ces hommes vive 100 000 ans en récitant chaque jour 100 000 prières sur le Prophète (sas) autre que la Salâtoul Fâtihî, et qu’on rassemble toute la récompense de ces communautés durant toute cette période, on n’arriverait pas à la récompense de l’évocation d’une seule Salâtoul Fâtihî.

A ce propos, Cheikh Ahmed at-Tidjâni a enfin dit : « …Une seule Salâtoul Fâtihi équivaut à toutes les évocations, toutes les formules de glorification, toutes les demandes de pardon, toutes les implorations accomplies dans l’univers, qu’elles soient petites ou grandes, le tout multiplié par 6000.»

Il ajouta : « Lorsque je me suis concentré sur cette prière, j’ai constaté qu’elle ne pouvait être pesée (par l’étendue de sa récompense) avec l’ensemble des adorations des génies, des hommes et des anges.)

Pour résumer, Cheikh Tidjâne soutient : «Tout ce que vous avez entendu sur les mérites de cette salât comparé à ce qui est resté caché est semblable à une goutte d’eau dans un océan… Le Prophète (sas) m’a dit : Personne n’a mieux prié sur moi qu’avec la Salâtoul Fâtihi. »

Quant à la Perle de la perfection ou Diawharatou-l-kamâl, elle a été révélée par le Prophète (s a s) à Seydî Aboû Abdoullâhi Mouhammad Ibn ‘Arabi at-Tâzi ad-Damrâwi (décédé en 1789-1790, à 28 ans), un disciple et compagnon du Cheikh Ahmed at-Tidjâni.
Les deux hommes se sont connus à Tlemcen vers 1782. Malgré son jeune âge, Ad-Damrâwi pouvait rencontrer le Prophète (psl) jusqu’à une vaingtaine de fois par jour. C’est à lui que le Prophète dicta cette prière afin qu’il la transmît directement au Cheikh Ahmed at-Tidjâni qui en était le principal destinataire. De la Diawharatoul-kamâl, nous rappelons ceci :

  • Celui qui la récite sept fois et plus, alors l’esprit béni du Prophète et celui des quatre califes râshidoun viennent en sa présence tant qu’il l’évoque.
  • Celui qui la récite régulièrement plus de sept fois, alors le Prophète l’aimera d’un amour particulier et il mourra en étant un wâli.
  • Celui qui la récite avant de dormir, dans une pureté totale, sur un lit ou une natte propre, verra le Prophète.
  • L’évocation d’une seule Diawharatou-l-kamâl équivaut en récompense à trois fois la glorification du monde entier.

En 1782, à l’âge de quarante-six ans, entre Challala et Abi-Samghour, le Cheikh eut sa grande ouverture, fat’houl’akbar. Il retourna au Maghreb, plus précisément dans le désert algérien et y resta de 1784 à 1798. Entre-temps, en 1786, il reçut du Prophète cent lâ illaha illalâh, ce qui compléta le wird qui devint alors le triptyque Takhalli, Tahalli, Tadjalli, substances s’appuyant sur le Coran :

  • Takhalli : Astaghfiroullah, « Demandez pardon à votre Seigneur ; ensuite repentez-vous ; Il vous accordera une belle jouissance jusqu’à un terme fixé ; et Il accordera à chaque méritant l’honneur qu’il mérite. Et si vous tournez le dos, je crains alors pour vous le châtiment d’un grand jour. » S. 11 V3
  • Tahalli : Salâtoul fâtihi, « Certes, Dieu et Ses anges prient sur le Prophète. O vous qui croyez, priez sur Lui, et adressez-Lui vos salutations !» S 33 V 56
  • Tadjalli : Lâ illaha illalâh, « Hô, les croyants ! Evoquez Allâh d’une façon abondante ; et glorifiez-Le à la pointe et au déclin du jour, chantez de Lui pureté ! » S33 V 41-42

A l’état de veille, le Prophète (sas.) lui annonça : « Je suis désormais ton Initiateur, ton maître, aucun être humain ne prétendra être ton initiateur, il te faut par conséquent abandonner toutes les voies auxquelles tu étais affilié précédemment ; personne n’aura de reproche à te faire car c’est moi qui serai ton intermédiaire auprès d’Allâh et aussi ton auxiliaire. »

Le Prophète lui recommanda la récitation de cent Astaghfiroulâh et cent Salâtoul fâtihî limâ ouqliqa tout en lui disant : « Prends cela et fais-en ta Voie. Quiconque la prend de toi entre au Paradis avec ses deux parents, ses enfants, ses épouses et ses gendres, sans être jugés ni châtiés. Et, ils habiteront avec moi au Paradis le plus élevé.

Tu es celui qui intercède pour tout pécheur qui dépend de toi. Maintiens cette voie sans te retirer du monde, ni rompre avec le commerce des hommes jusqu’à ce que tu atteignes la station spirituelle qui t’est promise, tout en gardant ton état, sans grande gêne, ni effort cultuel excessif. Passe-toi de tous les saints !»

Cheikh at-Tidjâni devint ainsi le dépositaire de la voie spirituelle du Prophète lui-même, voie renfermant toutes les autres voies. C’est la tarîqa Ahmediyya-Mouhammadiyya-Ibrâhîmiyya-Hanifiyya pleine de grâces jusque-là jamais atteintes. Il obtint alors l’ordre de propager cette voie et d’initier tout musulman qui se présenterait à lui. L’évidence coranique est la suivante : « Ô vous qui croyez, craignez Dieu et trouvez le moyen (wassila) de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause, peut-être serez-vous de ceux qui réussissent » 5, V.35.

Cette ascension attira l’aversion de l’establishment turc et la jalousie de certains de ses compatriotes tant et si bien que le Cheikh dut partir du village d’Abi-Samghour, en Algérie, le 17 rabi’ awwal 1213 (mercredi, 29 août, 1798) pour Fez où il arriva dix-neuf jours après, c’est-à-dire, le 6 rabiçânî (lundi, 17 septembre, 1798). Son émigration au Maroc était définitive. Sîdy Aliy Harâzîm entama la rédaction de Djawahiroul Mâni en 1798-1799.

Conscient de la conformité de sa voie avec la Loi islamique, Mawlânâ Cheikh Ahmed at-Tidjâni a tenu à dire: « Si vous entendez de ma part quelque chose, pesez-le avec la balance de la chari’â (loi) ; si cela concorde, œuvrez ! Si cela est en contradiction, délaissez-le ! » Le jour-même où il est arrivé à Fès, le Cheikh obtint sa grande station, celle du Khatmoul-wilâyati.

En 1799, à Arafat, il reçut le grade de Qoutbaniya al-ouzma ou Sceau de la sainteté. La même année, plus précisément, le 18 mouharram 1214 (dimanche 23 juin 1799) à 0 h 30mn, Dieu fit du Cheikh Son représentant sur terre et le vicaire du Prophète (s a s) dans la religion : c’est le grade de Qoutb al-maktoum ; c’est-à-dire celui qui détient le décret de toute chose. Le verset 09 de la Sourate 42 nous y édifie : «…Quoi ! Prendront-ils patrons en dehors de Lui ? Mais Dieu, c’est Lui le patron (walîyou) et c’est Lui qui donne la vie aux morts ; et c’est Lui qui est capable de tout. »

Dans le même ordre d’idées, un hadith rapporté par Omar Ibn Ambassata affirme: « J’ai entendu le Prophète (sas) dire: « Je jure par la main droite du Miséricordieux, et toutes Ses deux mains sont droites, il y a des hommes qui ne sont ni prophètes, ni martyrs, cependant la lumière de leurs visages éblouira ceux qui les regarderont et c’est à peine si on les voit à cause de cette lumière… Et les prophètes et les martyrs leur envient la magnificence de leur position et leur grande proximité de Dieu Glorieux et Exalté ».

On lui demanda : O Prophète (sas) qui sont ces gens ? Il répondit : « C’est une communauté issue de plusieurs races, qui se réunit pour mentionner le Nom de Dieu et disant des paroles pures à l’odeur et au goût aussi agréables que la meilleure des dattes ».

La grande communauté de Mawlânâ Cheikh Ibrâhîm NIASS s’est toujours inscrite dans cette voie. Mieux, parallèlement au respect scrupuleux qu’elle voue à la chari’â, tel que Cheikh Bâye l’a recommandé à ses disciples dans une des lettres qu’il a rédigées en 1930, notre jama’a a toujours fait du zikrou-lâh sa préoccupation première.

Grâce à Dieu, At-Tidjâni a atteint deux stations uniques dans la hiérarchie spirituelle des saints : celle de Khatmiya (Sceau des saints, clôturant pour toujours les degrés de sainteté) et celle de Katmiya (Pôle caché, station connue seulement d’Allâh et de son Prophète). C’était le 18 safar de l’an 1214 (lundi 22 juillet 1799). A propos de cette station hors du commun, Mouniyyatoul Moûrîd, du nom d’Ibn Bâba al-Alawi a écrit :

«Après un mois et des nuits, il s’éleva
A sa station noble et pure
Station dissimulée à l’ensemble des créatures.
Hormis la prophétie,
Rien n’est plus élevé que cette station. »

Mawlânâ Cheikh Ahmed at-Tidjâni surclasse tous les saints depuis Adam jusqu’à la fin des temps. Aussi a-t-il déclaré : « Le Maître de l’existence m’a informé de vive voix que je suis le Pôle caché, cela à l’état de veille et non en rêve…et que tout saint ne boit et n’est abreuvé que de notre océan depuis la création jusqu’au jour où on soufflera sur la trompe…

L’essence du Prophète irrigue les essences des messagers et prophètes ; mon essence irrigue les pôles, les Connaissants d’Allâh et les wâlis depuis la préexistence et, ce, jusqu’à l’éternité. »

Cheikh Ahmed at-Tidjâni ne se vantait nullement pas, mais il se conformait à une injonction d’Allâh. « Et quant aux bienfaits de ton Seigneur, raconte-les !». (S. 93 ; V.11).

Mawlânâ Tidjâni avait aussi avancé cette boutade : « Mes deux pieds que voici sont sur la nuque de chaque wâli ». On lui rétorqua que c’est ce que Sîdy Abdel-Qâdr Dieylani avait également déclaré à son époque.

Cheikh Tidjâni acquiesça en ajoutant : «…mais Sîdy Abd-el Qâdr ne parlait que des wâlis de son époque, quant à moi, je dis que mes deux pieds que voici n’ont jamais cessé d’être sur la nuque de tout wâli.)

Sîdy Mouhammad al-Ghâli, un de ses illustres disciples, renforça : « C’est par son intermédiaire que tous les saints, sans en avoir conscience, reçoivent l’influx des Prophètes. »

Seulement, il convient de préciser que l’expression « Sceau de la sainteté » ne saurait signifier le dernier des saints, loin de là, mais le degré de parachèvement de la sainteté car après Cheikh at-Tidjâni des saints sont nés et d’autres naîtront sûrement.

Avant de terminer ce chapitre, nous portons à l’attention de cet aréopage d’â’arifouni billâh le fruit du rêve d’un grand soufi qui soutient : « La voix du Seigneur résonna dans mon cœur et fit trembler tout mon être. Dieu dit : « Lorsque j’ai fini de créer le monde, j’ai créé les hommes en prenant soin de les répartir en dix groupes.

Neuf d’entre eux se sont laissé fasciner par les plaisirs terrestres et inconsistants. Ils m’ont oublié et se mirent à courir après leur âme charnelle et concupiscente et leur « moi égoïste » pour satisfaire leurs moindres désirs. Alors j’ai créé l’Enfer. Ceux qui étaient restés avec moi se sont à leur tour divisés en dix groupes.

La crainte des feux de l’Enfer fit que neuf groupes parmi les dix m’ont oublié, s’adonnant aux actions pieuses et autres rituels religieux dans l’espoir de se mettre à l’abri de ce châtiment. Ainsi, ils s’éloignèrent de moi et se noyèrent dans la pratique formaliste de la religion.

C’est alors que j’ai créé le Paradis. Là encore ceux qui ne m’avaient pas quitté se sont divisés en dix groupes. Neuf d’entre eux choisirent le Paradis et m’ont oublié, bercés par l’espoir d’avoir la félicité éternelle.

De tous les hommes que j’avais créés, il ne restait qu’un petit groupe de fidèles ne voulant me quitter à aucun prix. Ceux-là me cherchaient, me demandaient à chaque souffle. J’ai connu en eux les véritables amoureux de ma Cour».

Décès à Badr de Sîdî Aliy Harâzîm Barrada en 1803 et de Sîdî Mouhammad I Mishriy en 1808. Mawlânâ Cheikh Ahmed at-Tidjâni quitta ce bas monde le jeudi 17 shawwal 1230 correspondant au 21 septembre 1815, après la prière de l’aube, à 78 ans ou 80 ans selon le calendrier lunaire. A ce moment-là, il comptait un nombre de disciples équivalent à celui des prophètes et des envoyés, soit 124 000.

Mouhammad el Mançoûr el Mouhiedin Tidjâni le peint sous la forme suivante : « Les traits de son visage radieux, d’un blanc rosé, son allure princière, bien qu’il soit le plus humble, marquent en lui sa haute lignée. Imitant le prophète Mouhammad (sas) dans tous les actes et conditions, sa barbe, filée de poils gris resplendissant, faisait jaillir de lui une lumière mystérieuse.

Riche par Dieu, ne demandant rien à personne, il fut honoré de grâce qui faisait qu’il ne comptait que sur Dieu. Il dévoila ce qui est permis et cacha ce qui pouvait perturber l’esprit. Par Tâhâ, son maître et compagnon, tel le soleil et la lune, nul ne pourrait plus séparer ces deux Sceaux de la même famille pour l’amour qu’ils avaient pour Lui. »

Cheikh Ahmed at-Tidjâni a eu quatre filles et quatre garçons, mais il n’a laissé que deux héritiers mâles: Mouhammad al-Kabîr (issu de son union avec Lalla Mabroûka) décédé en 1826 sans enfant et Mouhammad al-Habîb (issu de son ménage avec Lalla Barakatou) décédé en 1852). Cheikh at-Tidjâni confia ses deux fils à son disciple Aliy Tamasiniy dont il a fait la connaissance à Aynou- Mâdhi dès 1789. Ce dernier décéda en 1844.

Soit dit en passant, la photo qui orne la plupart de nos salons n’est pas celle du Cheikh, mais plutôt de son petit-fils Sîdy Ammar Ibn Sîdy Mouhammad al-Habîb at-Tidjâni, qui, en 1871, épousa Aurélie Picard, née le 12 juin 1849 à Montigny-le-Roi et surnommée Lalla Yamîna. Claude Picard, le père d’Aurélie, avait servi en Algérie comme gendarme.

Sîdy Ammar aurait vécu de 1826 à 1896 et, compte tenu de son opposition à la colonisation, il fut assigné à résidence surveillée à Bordeaux par l’occupant français d’alors. Il assuma la réalité du califat de 1870 à 1896.

Lui ont succédé :

  • SîdyBachîrTidjâni 1896-1910
  • Sîdy Allal Tidjâni 1910-1919
  • Sîdy Mouhammad el Kabîr Tidjâni 1919-1931
  • Sîdy MahmoûdTidjâni 1931-1934
  • Sîdy Tâyib Tidjâni 1934-1973
  • Sîdy Ali Tidjâni 1973-1990
  • SîdyAbd el Jabbâr Tidjâni 1990-2005
  • Sîdy Hâjj Mouhammad Tidjâni 2006-2010
  • Sîdy Ali alias Bel Arbi Tidjâni 04 octobre 2010

C’est vers 1828 que, devant la tombe du Prophète Mouhammad (sas), Sîdy Mouhammad al-Ghâli rencontra Cheikh Omar al-Foûtiyou Tâl, futur auteur d’ar-Rimah ou le «livre des lances ». Lances acérées encerclant Djawahiroul Mâni qu’elles protègent des stratagèmes de Satan et de ses suppôts humains. Al-Ghâli conféra à El-Hâdj Omar le titre de calife de la Tidjâniyya en Afrique noire.

Toutefois, il convient de rappeler que Cheikh Omar TÂL a été initié à cette confrérie par Seydî Abdoul Karîm Ahmed DIALLO, lui-même disciple de Cheikh Mawloûd FÂL. L’évènement s’est produit entre 1815 et 1820, dans les champs de Nghawlé, un village de pêcheurs situé dans les parages de Podor; en tout cas avant que Cheikh Omar n’ait entrepris son célèbre pèlerinage à La Mecque et son très bénéfique séjour à Madîna-mounawwara.

L’œuvre de Mawlânâ Cheikh Ahmed Tidjâni est immense. Elle s’inscrit harmonieusement dans un cadre plus large fondé sur les enseignements du Prophète Mouhammad (sas), lesquels enseignements sont issus de la religion pure (hanif) d’Abrâham.

Les conditions ou principes qui sous-tendent la târîqâ tidjâne sont, comme précisé plus haut, en parfaite adéquation avec la Sounnah ou tradition mouhammadienne.

Les conditions de la Târiqa tidjâniyya

Il convient, selon Abdelaziz Ben Abdallah, de rappeler que « la târiqa est l’application de l’ihsân dans son contexte introspectif où la conscience se reflète dans son propre miroir ; c’est le cœur épuré de l’initié sur lequel se projette la luminescence divine. C’est grâce à la concentration dans une sincère adoration que le croyant accompli devient l’image de Dieu, le Vivant et le Pourvoyeur.»

A. Texte tiré et traduit du Qasd Sabil de Sîdî Mohamed El Hafidh El Misri Tidjâni (qu’Allâh l’agrée) par la Zaouiya Tidjâniya El Koubra d’Europe. Les conditions de la târîqa tidjâniyya s’y décomposent en cinq catégories :

1ère catégorie : Ce sont les conditions relatives au compagnonnage particulier entre le Cheikh et son disciple

  1. Ne pas avoir d’autres voies avec celle-là tout au long de sa vie.
  2. Se limiter, dans la visite des saints vivants ou morts, à ceux limités par l’autorisation de Sîdî Ahmed Tidjâni mais en préservant la sacralité et le respect de tous les saints. Il est autorisé de ne visiter que les compagnons du Prophète (sur lui la prière et la paix), les gens de la voie et bien sûr sans qu’il n’est besoin de le préciser les prophètes (sur eux la prière et la paix).
  3. L’assiduité à accomplir les oraisons jusqu’à la mort sans jamais les abandonner. Les oraisons sont prises sous le statut du vœu pieux, par ce biais les actes surérogatoires ont la valeur des actes obligatoires.
  4. L’absence de tout outrage, toute animosité ou hostilité à l’égard de Sîdî Ahmed Tidjâni. C’est-à-dire ne pas prendre en considération ses recommandations et ses mises en garde.
  5. La continuité, sans rupture aucune, dans l’amour envers Sîdî Ahmed Tidjâni.
  6. Se garder de toute critique à l’égard de Sîdî Ahmed Tidjâni.
  7. La croyance ferme en Sîdî Ahmed Tidjâni et en ses propos respectueux du Livre et de la Sunna ; ne pas les démentir, idem pour l’ensemble des awliyâ. Celui qui enfreint une seule de ces conditions perd son affiliation sur-le-champ et ne pourra se relier au cheikh qu’après s’être sincèrement repenti ; renouveler son affiliation tout en étant assidu à son accomplissement.

2ème catégorie : Même si cette catégorie n’entre pas dans ce qui rompt l’affiliation sur-le-champ, il en reste néanmoins un devoir exigé envers chaque disciple :

  1. La préservation de l’ensemble des commandements de la Loi (Chari’a) par le savoir et les actes, notamment la préservation des cinq prières dans leurs temps légaux d’accomplissement en groupe (si possible) en complétant ses conditions, ses piliers, ses parties, dans une dévotion continuelle. De même la lecture de la Basmala accrochée à la Fâtiha à voix basse quand c’est à voix basse et à voix haute quand c’est à voix haute, cela en dehors du cadre de la divergence. De même accomplir posément l’inclinaison et la prosternation en prononçant au minimum trois formules de glorifications.
  2. Ne pas se croire à l’abri du stratagème d’Allâh : c’est à dire en accomplissant des péchés tout en se reposant sur la miséricorde d’Allâh ou sur l’intercession du Prophète (sur lui la prière et la paix) ou du Wali.
  3. La bonté envers les parents.
  4. Ne pas prétendre à la transmission de l’autorisation alors que l’on ne possède aucune autorisation pour le faire (Titre de Mouqadam). Chez certains Awliyâ cela est un signe de mauvaise fin.
  5. Ne pas négliger les oraisons, notamment le fait de repousser leur accomplissement en dehors de leurs temps préférables sans aucune excuse.
  6. Faire preuve de respect envers tous ceux qui sont affiliés à Sîdî Ahmed Tidjâni et il va sans le dire à propos des élites parmi eux.
  7. S’éloigner des détracteurs de Sîdî Ahmed Tidjâni car leur fréquentation ne peut se faire sans causer de trouble.
  8. Ne pas rompre les liens avec les créatures loin d’une nécessité religieuse à fortiori avec ses frères spirituels.
  9. Se regrouper pour l’accomplissement de la Wazifa et du ‘Asrou, s’il y a des frères et la possibilité. Celui qui enfreint une de ces conditions, qu’il retourne avec empressement à son accomplissement pour qu’Allâh lui permette de perdurer dans la voie.

3ème catégorie : Il s’agit des conditions de validité pour les oraisons

  1. L’intention
  2. La pureté rituelle par l’eau ou le Tayyamoum conformément aux règles de la Chari’a.
  3. La pureté du corps, des habits et du lieu conformément à la prière.
  4. Cacher les parties intimes comme pour la prière.
  5. Interruption de tout propos étranger aux oraisons : du début de leur accomplissement jusqu’à la fin sauf par nécessité ; auquel cas on fait des gestes et si on n’est pas compris, on peut alors prononcer un ou deux mots. Il existe trois exceptions à cette règle : les parents, l’épouse envers son mari et le disciple envers son Cheikh. De même, on doit s’abstenir de manger et de boire, le minimum invalide le Lâzim mais pas la Wazifa qui n’est invalidée que par une grande quantité (le peu c’est une gorgée ou ce qui reste entre les dents).

Celui qui enfreint une seule de ces conditions voit ses oraisons invalidées et il se doit de les recommencer.

Pour la récitation de la Djawharatou-l-Kamâl, la pureté de l’eau, lieu pur pouvant contenir six personnes et cela même pour la réciter une seule fois. Elle ne se récite pas sur une monture ou sur un bateau.

Celui qui fait le Tayyamoum ou celui qui n’est pas lavé à l’eau pour ses besoins ou qui a une impureté sur son corps ou ses habits et dont il ne peut se débarrasser, il récite à la place vingt Salatoul Fâtihi dans la Wazifa et agit de même que celui qui ne peut réunir ses conditions. Celui qui enfreint une des conditions particulières à la Djawharatou-l-Kamâl dans sa Wazifa doit la recommencer.

4ème catégorie : Ce sont les conditions sur le comportement relatif aux oraisons ; certes, elles ne les invalident pas si on les délaisse mais, tout au moins, elles édulcorent leur intensité.

  1. La position assise : on ne l’évoque pas allongé ni debout sauf avec une excuse mais l’oraison reste valide et même en marchant avec la condition toutefois de veiller autant que possible à ne pas piétiner des immondices
  2. Faire face à la qibla sauf pour celui qui voyage et qui ne peut le faire et même si le voyage s’effectue sur une courte distance.
  3. Accomplir les oraisons individuellement, à voix basse, de manière à s’entendre réciter sans taire la tonalité du zikr. Accomplir les oraisons en groupe à voix haute mais en harmonie.
  4. Comprendre le sens de ce que l’on récite en prononçant distinctement autant que possible et en veillant à ne point écorcher la prononciation.
  5. Visualiser l’image de Sîdî Ahmed Tidjâni (qu’Allâh l’agrée) et mieux celle du Prophète (sur lui la prière et la paix).

5ème catégorie : Ce sont les conditions rendant valide la transmission de l’affiliation à la voie

  1. Authenticité du transmetteur et de la chaîne de transmission de chaque maillon jusqu’à Sîdî Ahmed Tidjâni (qu’Allâh l’agrée).
  2. Validité du postulant : Ce doit être un musulman, à la croyance authentique, affranchi de toute autre voie et de toute autre oraison, étant déterminé à être au sein de cette Târiqâ toute sa vie, acceptant les conditions qui lui sont lues et expliquées.

B. 29 Conditions ou principes de la Târîqa tidjâne comme mentionnés dans « Al-Fat’har-Rabbâni » de Mouhammad ben Abdallâh at-Tidjânî.

  1. Que le maître qui enseigne les invocations soit autorisé réellement par la puissance divine ou par celui qui a été autorisé d’une autorisation réelle.
  2. Que le novice ne soit pas affilié à un ordre quelconque.
  3. Ne jamais, à des fins d’allégeance, visiter des saints vivants ou morts hormis ceux de la Voie, les prophètes et les compagnons de l’Envoyé (psl). Sur ce plan, Cheikh at-Tidjâni affirme : « Trois faits nous séparent de l’aspirant. Ce sont : l’adoption d’une autre invocation en plus de la nôtre, la visite à des saints vivants ou morts et le délaissement de l’invocation.» Sur ce dernier point, Allâh recommande : « Respectez vos engagements, on demandera toujours compte des engagements »17 ; 34.
  4. L’assiduité à la prière et en groupe dans la mesure du possible.
  5. La permanence de l’amour pour le maître sans interruption et ce jusqu’à la mort.
  6. Ne jamais se sentir hors des stratagèmes de Dieu.
  7. N’occasionner ni injure, ni haine et ni animosité envers le maître.
  8. La permanence de l’invocation par le chapelet (wird) jusqu’à la mort.
  9. Avoir la certitude. Le maître a dit : « Toute personne qui prend notre invocation entrera au Paradis avec rétribution et sans châtiment, lui, ses parents, ses épouses et leurs parents, et ses propres enfants. Mais ses petits enfants n’en font pas partie ; ce, à condition d’y croire, et la non-trahison de son amour, ainsi que la non-confiance vis-à-vis du stratagème de Dieu. »
  10. L’éloignement de la critique envers le maître ;
  11. Que le disciple ait une autorisation à invoquer, d’une autorisation parfaite par celui qui a une délégation de pouvoir même si c’est par des intermédiaires.
  12. La réunion en vue de l’invocation quotidienne et l’invocation d’Allâh par le terme d’unicité après la prière médiane du vendredi. Pour la réunion en vue de l’invocation quotidienne, être assis et s’assurer que tout vide est comblé.
  13. Ne jamais lire la Jawharatou-l-Kamâl qu’après une purification avec de l’eau, car le Prophète (sas.) et les quatre califes râshidun sont présents dans l’assemblée lors de sa lecture pour la 7ème fois.
  14. La non- séparation antagonique des hommes, surtout des frères dans la vie.
  15. Ne pas prendre le wird comme futile en l’exécutant avec grand retard sans raison valable.
  16. Ne pas donner l’invocation sans autorisation réelle. C’est dire qu’il est interdit de s’ériger en maître de son propre chef. Quiconque le fait « mourra d’une mauvaise mort », comme cela est écrit dans Jawâhirou Mâni.
  17. Le respect envers toute personne ayant un lien avec le maître surtout les grandes figures de la voie : Cheikh at-Tidjâni relate que le Prophète (sas.) lui a dit : « Dis à tes compagnons que je suis touché lorsque certains d’entre eux sont victimes d’offenses.» ; c’est dire qu’offenser des fidèles de cette voie, est une offense au Prophète (sas.)
  18. Faire face au levant (l’est) comme lors de la prière, dès le début de l’invocation jusqu’à sa fin, excepté le voyage à dos d’animal ou dans une embarcation.
  19. L’exécution de l’invocation en secret.
  20. S’asseoir. N’être ni couché, ni debout, sauf si on ne peut s’asseoir.
  21. Vouer respect absolu et considération à ses deux parents.
  22. Eviter la compagnie des détracteurs du maître. Ne pas consommer leur nourriture et éviter de s’asseoir avec eux.
  23. Se faire une représentation imagée du Maître lors de l’invocation en se figurant qu’on se trouve assis en face de lui. Il est dit dans le Jawâhir que « le meilleur et parfait état de l’invoquant est lorsqu’il se fait une représentation imagée de la personne du Prophète (sas) et qu’il se trouve en face de lui, tirant profit de ses secrets, puis profitant de ses lumières. »
  24. Se faire une idée de la signification des termes du wird lorsqu’on a la faculté de les comprendre. Sinon, que l’invoquant soit attentif à ce qu’il récite.
  25. La disparition de l’impureté soit à l’aide de l’eau ou par usage de lustration pulvérale (tayammoum) lorsque cela est nécessaire.
  26. La propreté du corps, de l’habit et du lieu, selon la règle de la législation pour la faisabilité effective de la prière ;
  27. Couvrir les parties intimes (awrât) selon les limites définies légalement pour la prière, concernant l’homme et la femme.
  28. Ne pas parler du début de l’invocation jusqu’à la fin, sauf en cas de nécessité absolue (quelques mots suffisent). A moins qu’on s’adresse à son père ou à sa mère, ou son mari concernant la femme mariée.
  29. Formuler l’intention précise sur la nature de l’invocation et sur le moment (matin ou soir) ; il est dit que l’intention est l’adoration du cœur et l’œuvre, l’adoration des membres.

Conclusion

L’islâm présente deux faces : la Haqîqâ, son versant ésotérique, conduisant à l’annihilation, à la perte du « moi » et à la dissolution, voire à l’extinction totale dans l’Essence divine… et la Chari’â, sa substance exotérique en même temps que son soubassement, considérée comme la loi conforme appelée à régir les pratiques religieuses aussi bien que la vie civile et tout le comportement social.

« Un contact préalable du cheikh Tidjâni avec d’éminents érudits et maîtres Soufis, n’a pu que conforter, dans sa conscience, cette certitude de la dualité foncière de la Chari’â et de la Haqîqa, où un équilibre somato-spirituel assure l’harmonie dans toute son équation humaine.» Abdelaziz Ben Abdallah : Biographie, page 20.

Par le biais de la Târîqâ dite tidjâne, voie (ou confrérie) dans laquelle le Prophète Mouhammad (sas) lui-même l’a initié, Mawlânâ Cheikh at-Tidjâni a réussi la conciliation, mieux, l’assimilation harmonieuse de la Haqîqâ et de la Chari’â, les deux pieds que sa Sainteté affirme poser sur la nuque ou les épaules de tout saint. Mawlânâ Cheikh Ahmed at-Tidjâni a rendu ces deux dernières substances complémentaires et plus jamais antagoniques.

De plus, le cheikh a humanisé, voire modernisé le soufisme (tassawwouf). Désormais, pour vivre la Plénitude divine et être un gnostique conséquent, point n’est plus besoin de se draper d’une robe de laine blanche (çoûf) et de vivre en guenilles, dans un ermitage (ribât), en retraite (khalwa) perpétuelle !

Après Mawlânâ Cheikh Tidjâni qui en fut le véritable précurseur, Mawlânâ Cheikh Ibrâhîm NIASS, au XXème siècle, est, sans nul doute, l’incarnation achevée du gnostique moderne. Ses sept lettres dont Oustâz Seydou MBAYE et moi avons tenté la traduction peuvent servir de viatique à tout disciple aspirant à la Perfection. Exemple que Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry, pionnier de la renaissance de la Faydâ, perpétue avec brio conformément à l’esprit de l’Ecole de Seydî Mouhammad Mishriy Ould Hâdj qui a fait du zikroullâh sa nourriture spirituelle.

Car le zikr, en tant que plantation du paradis, est la source du bonheur ici-bas et dans l’au-delà. Il chasse Chaïtân, affranchit du feu, protège contre l’oubli, satisfait le Seigneur, attire et facilite la subsistance, habille l’invocateur de vénération tout en lui servant de lumière dans ce bas monde, dans sa tombe et le Jour de la résurrection.

C’est pour toutes ces raisons que nous avons cru devoir parler de Mawlânâ Cheikh at-Tidjâni à l’occasion de la commémoration de la naissance de Seydinâ Mouhammad (s a s), son illustre aïeul, initiateur et unique maître.

Harouna Amadou LY dit Harouna Rassoul
Professeur certifié d’Histoire et Géographie à la retraite à la Cité SHS
Golf-nord Dakar

Une réflexion au sujet de « Biographie de Cheikh Ahmed Tidjâne »

  1. merci pour cet article qui est vraiment un delice pour le coeur et surtout l esprit pour des personnes de ma categorie en quete d informations pour une meilleure connaissance de cette spiritualite de nos grands hommes

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