Chapitre premier : les recommandations … lettre 6

Djawaahiru rassaa il (les lettres dorées)
Au nom d’Allâh le Miséricordieux, le tout Miséricordieux.

Paix et salut sur notre seigneur Mouhammad, le guide vers le droit chemin d’ALLÂH.
Louanges à Dieu qui a dit dans son livre que le faux n’atteint ni par devant ni par derrière ce livre qui est la corde solide d’Allâh, Sa guidance manifeste ; tout ce qui s’en écarte n’est que pure ignorance. Dieu l’a descendu en tant que miséricorde pour toutes les créatures antérieures et postérieures.

«Que ce soit, parmi vous, une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable et interdit le blâmable. Car les voilà les gagnants. » S 3 v104. « Il n’y a rien de bon dans la plus grande partie de leur conversation secrète… » S4 v114. « Pourquoi rabbins et docteurs ne les empêchent-ils pas de parler en péché et de manger des gains illicites. Comment est donc mauvais ce qu’ils œuvrent ! ». S5 v63.

Paix et salut sur le Prophète qui dirige, qui est bien guidé et qui a affirmé que « nous, les prophètes, nous nous adressons aux hommes en fonction de leur niveau de compréhension » ; et qui a encore dit : « Dites aux gens ce qu’ils sont capables de comprendre. Voulez-vous qu’on renie Dieu et son Prophète ? »

Que l’agrément d’Allâh soit sur Cheikh Tidjâne, le summum de la sainteté, qui soutient que « quiconque se permet de dire du n’importe quoi ou de divulguer les secrets sans autorisation sera exclu et maudit». Que Dieu nous garde du libertinage et de la sous-estimation de Ses limites sacrées.

Ceci dit, de la part du serviteur, de l’indigent, du faible, de l’ignorant d’Allâh et conscient de son ignorance, de son incapacité de cerner l’ultime essence (d’Allâh) du fait de Sa puissance et de Sa majesté… Cheikh Ibrâhîm, fils d’Abdallâh Tidjâni… à l’adresse de tous les frères tidjânes, où qu’ils puissent se trouver, surtout ceux qui ont humé l’odeur de la Haqîqâ (la réalité divine) plus particulièrement ceux de Taïba-mbittène ; que Dieu les garde et les protège ! Paix et salut sur vous ! L’objet de cette missive est de vous recommander, ainsi qu’à moi-même, la crainte révérencielle dans l’apparent comme dans le caché, de vous exhorter à vous préoccuper d’Allâh en rejetant tout ce qui est en dehors de Lui par le cœur et par le corps, à respecter les obligations édictées par Allâh, et à ne jamais violer les droits du Seigneur.

Dieu est si Haut que le serviteur ne doit violer son droit, surtout l’accomplissement des cinq prières ; en respectant leurs conditions et leurs heures prescrites en groupe, de même que les wirds immanquables de la târîqâ (lâzim, wazîfa et asrou ou zikr du vendredi soir), notamment, la wazîfa dont l’exécution en groupe est indispensable. La faire quand on est seul alors qu’il y a possibilité de l’accomplir en groupe est insuffisant car c’est par la pratique de la wazîfa que l’on reconnaît le Tidjâne ; quiconque ne se conforme pas aux exigences susnommées n’est pas un vrai Tidjâne, de ce fait il n’a pas senti l’effluve de la nécessité d’aller vers Allâh (faqru) et la senteur du soufisme.

Je recommande à toute personne qui a senti l’odeur du monothéisme pur (tawhîd khaaç) d’avoir l’habitude de se taire et de s’écarter des lieux publics qui ne se forment nullement pour suivre Dieu, à fortiori parler de l’Unicité d’Allâh et dévoiler les secrets en leur présence !

Sachez que divulguer les secrets du Seigneur en présence des non-initiés (voilés) est plus abject devant Dieu. «En effet, vous avez dans le messager d’Allâh un excellent modèle à suivre pour quiconque espère en Allâh et au jour dernier et qui invoque Allâh fréquemment» S 33v 21 , ainsi qu’à votre maitre Cheikh Tidjâne qui, la plus part du temps, gardait les secrets , et il avait l’habitude de répéter : « le secret est en moi , comme dans une chambre qui a une serrure ; les clefs sont perdues alors que la porte est verrouillée ; seul un homme digne de confiance garde le secret tandis que les indignes le divulguent.»

En outre, Cheikh disait que « les poitrines des nobles sont les tombeaux des secrets » ; en ce sens, l’humble serviteur que je suis vous sert de modèle, car je détiens cette science depuis très longtemps et personne n’a perçu en moi le moindre indice pouvant lui révéler que je dispose d’un savoir me distinguant de mes pairs, de mes voisins et, ce, jusqu’à ce que la volonté divine se fût manifestée. Je l’en remercie et lui en rends grâce.

Nous sommes des responsables qui n’ont pas peur d’être critiqués ; ce qui est considérable chez nous c’est de dissimuler les stations (degrés spirituels) et de nous abstenir de faire des miracles ; que chacun cultive son jardin ; nous ne prétendons à aucun don ni à aucune particularité ; nous ne nous soucions ni de l’extraordinaire ni du dévoilement des mystères de la créature, ce qui peut être assimilé à des « menstrues » chez les hommes de Dieu.

Ce qui nous intéresse c’est le Kashfu Nurâni (dévoilement lumineux des mystères de la présence divine) et non le kashfu Zulmân (dévoilement ténébreux des mystères de la créature).

Nos signes sont dans nos cœurs et ceux des autres dans les horizons, parce que nous sommes des héritiers mohammadiens ; et l’héritier mohammadien, ses signes sont dans son cœur ; il évolue en connaissance et en état spirituel à chaque souffle, comme on y a fait allusion dans le Coran : « Nous leur montrerons Nos signes à tous les horizons, tout comme dans leurs propres personnes, jusqu’à ce qu’il devienne évident que, oui, c’est Lui la vérité.(s 41 v53)

Sachez que je me démarque de tout Madjzoub (submergé) qui n’a pas repris le voyage spirituel. Se permettre de parler avant l’autorisation divine est source de malheur ; cela prouve que celui qui a cette attitude est un fabulateur aux prétentions mensongères. Soit le serviteur ne voit que Dieu, auquel cas il n’a ni parole (à prononcer) ni remarque (à faire) du fait de son extinction (fanaa) ; ou bien il voit la créature alors il est (mukallaf) responsable du point de vue de la chari’a.

En dehors de ces deux cas précis, c’est du faux (baatil) quand bien même l’auteur le prendrait pour un secret divin « bâtin » ; le caché ne sera jamais l’apparent.

Ils (les soufis) ont dit que : « ils ne feront plus jamais confiance à quiconque aura divulgué le secret qu’ils lui ont confié et, ce, aussi longtemps que ce dernier vivra ». Tout «madjzub» qui pérore ne bénéficiera d’aucune évolution de ma part, parce que je ne le soutiens pas dans la désobéissance à l’égard d’Allâh.

Tirez leçon de certains de vos devanciers, celui à qui j’avais interdit de parler après que je l’eus initié. Suivant la passion, il s’est entêté et j’ai interrompu sa connexion (madad); il ne s’en sert plus et tous ceux qui l’écoutent subissent le même sort. Partout où ils se trouvent, ils affichent le profil le plus bas et leur station est au rabais dans l’apparent comme dans le caché.

Le bienheureux, c’est celui qui tire leçon des erreurs de son prochain. Vouloir s’exhiber empêche de paraître. Moi je remercie Dieu ; je suis le serviteur de la présence divine en dehors de laquelle je ne me suis asservi à rien. Nous ne voulons de vous ni récompense ni gratitude ; ma rétribution est que vous soyez pour et par Allâh et de ne jamais suivre la passion ; parler avant l’autorisation est une forme de passion. L’âme sensuelle est horrible : «…Repentez-vous à votre Créateur ; puis, donnez-vous la mort à vous-mêmes ; ce serait mieux, pour vous, auprès de votre Créateur » ! S 2 v54. Je prie Dieu de guider nos cœurs vers la plus parfaite connaissance divine et qu’Il soit notre protecteur et allié, Lui qui protège les vertueux. Was salaam

Lettre rédigée sous la dictée de Cheikh Ibrâhîm fils d’El Hadj Abdallâh Tidjâni à Kôssi 1349h

Traduction en français par Harouna Amadou LY et al oustâz Seydou MBAYE du daahira Thierno Ibrâhîma DIALLO de Dakar / Jama’a Cheikh Ould Khaïry du Sénégal