Faut-il briser le miroir aux alouettes ?

« Mieux vaut donner sans promettre que promettre sans tenir. » Ce proverbe devrait être gravé aux frontons des permanences de toutes les formations politiques du monde aux fins de parer aux abus de confiance et aux multiples trahisons dont se plaignent moult citoyens.

Après les élections législatives de 1998, les militants P.S. de Mbacké avaient dû élever la voix pour exiger la promotion d’un des leurs (aujourd’hui tombé dans la gibecière du P.D.S) eu égard aux excellents résultats que le parti de DIOUF y avait enregistrés.

Aujourd’hui, pour les mêmes raisons, le P.D.S voit les siens réclamer leur part du gâteau Sopi. De Vélingara-la-Firdou à Pikine-la-cosmopolite, en passant par Ziguinchor, Kaolack, Fatick, la colère ne cesse de monter. De partout, les militants font entendre leur vif désappointement.

« Amours, toux, fumée et argent ne se peuvent cacher longtemps » dit l’adage. Le grand soir dont on nous faisait tant rêver tardant à tomber, c’est le crépuscule des illusions perdues qui semble poindre à l’horizon. Annonce-t-il le retour de cette nuit noire dans laquelle l’U.P.S-P.S nous avait plongés plus d’une génération durant ; ou, sont-ce les signes prémonitoires de l’aurore d’une ère de prospérité ? En tout cas, demain, la vérité se fera jour !

Assurément, une pluie de promesses aussi mirobolantes les unes que les autres s’est abattue sur notre pays pendant et après les campagnes électorales qui se sont succédé ces derniers mois. Seulement, comme l’écrivait Rousseau, « dès qu’un intérêt fait promettre, un intérêt plus grand, peut faire violer la promesse. » Triste vérité ! Les militants excédés l’auront d’ailleurs apprise à leurs dépens.

Au juste, (entre nous), qui croit encore aux promesses des politiciens à la pêche de prestigieuses voix ? « Chacun prodigue (des promesses), les préfets, les ministres et l’empereur… Et puis, la route poudroie, rien n’arrive », écrivait Zola.

Dans notre pays, l’endémie du mal-vivre confirme le dicton selon lequel « lorsque la faim est à la porte, l’amour s’en va par la fenêtre. » C’est ainsi que les militants déchargent leur bile sur leurs amis d’hier, leurs ex-camarades de parti.

« Il ne suffit pas d’être honnête, une fois la promesse faite. Il faut encore être scrupuleux dans le choix des promesses et promettre peu pour être sûr de tenir » recommande Sartre.

Des promesses de l’U.P.S de SENGHOR à celles du P.D.S de WADE, en passant par celles du P.S de DIOUF, la logique est la même, « les paroles sont femelles et les faits sont mâles » ; autrement dit, il est plus facile de dire que d’agir, particulièrement dans un pays sous perfusion depuis plus de deux décennies et où, malgré la perspicacité et la bonne volonté du président de la République, le dernier mot revient aux donneurs de sang, c’est-à-dire les institutions de Bretton Woods, les transnationales et les gouvernements « amis » au chevet de nos économies très mal en point.

Toutefois, le rêve est encore permis et il faut garder patience qui est l’art d’espérer ; mieux, la patience est une grande et rare vertu sénégalaise en même temps qu’une injonction divine, (S. 103, verset 03.)

La droiture ou la loyauté est le lit de la patience ; nos gouvernants en particulier, et nos hommes politiques en général, doivent apprendre à la cultiver pour que nous ayons encore la force de patienter, le courage d’espérer, la joie et la foi d’y croire.

Le complexe du nouveau riche, le snobisme, dont on fait montre au grand jour, frise la provocation dans un pays où l’indice de pauvreté dépasse les limites de l’acceptable. On a l’impression que les dynasties changent, mais le mauvais caractère persiste.

Aussi donne-t-on raison aux plus pessimistes qui soutiennent que, quels que soient les hommes au pouvoir, les « autels ne fument que de l’encens des malheureux. » L’arrestation de la dizaine de pontes socialistes accusés de malversations financières le prouve.

Tout comme plusieurs milliers de Sénégalais, nous ne doutons nullement du sens élevé de patriotisme, des capacités intellectuelles et morales, de la générosité des idées, du respect scrupuleux que l’auteur d’ « Un Destin pour l’Afrique » semble vouer aux biens publics. Mais nous doutons de la sincérité de ses « amis » de la vingt-cinquième heure qui, après avoir mis le feu d’abord à la case du père SENGHOR, puis à celle du frère DIOUF, préparent secrètement leurs torches… Pyromanes d’hier, pyromanes d’aujourd’hui?

Nous rappelons à Me WADE que dans l’opposition que son entourage diabolise grossièrement, il est des hommes et des femmes qui n’ont plus rien à prouver au plan de la compétence et de l’éthique et qui, à ses côtés et de manière désintéressée, ont contribué sincèrement à l’avènement de l’Alternance, chose inimaginable sans eux il y a seulement deux ans.

Nous lui rappelons également que, dans sa majorité élargie actuelle qu’il conduit et dont il se vante à tout bout de champ, il est des hommes et des femmes qui n’ont eu le courage de soutenir sa candidature que quand les signes précurseurs de la défaite de DIOUF étaient plus nets ; difficilement entre les deux tours de la présidentielle et, même après le 23 mars 2000 ; ou, en désespoir de cause, peu avant ou peu après les législatives du 29 avril 2001.

Pour les transfuges de cet acabit, il ne s’agit ni plus, ni moins, que de préserver vaille que vaille leurs intérêts en se mettant à l’abri des soubresauts post électoraux, d’où les vases communicants P.S-P.D.S ou micro-partis – P.D.S.

Nous lui rappelons enfin que Moustapha NIASSE, Ousmane Tanôr DIENG, Djibo KÂ, Amath DANSOKHO, Mâdiôr DIOÛF, pour ne citer que ceux-là, malgré les vicissitudes de la politique sénégalaise, sont des hommes d’Etat de la même trempe exceptionnelle qu’Idrîssa SECK, Abdoulaye BATHILY, Landing SAWANE… Leurs vues sur les problèmes de notre pays devraient être sollicitées chaque fois que de besoin et examinées avec le maximum d’attention et, ce, dans l’intérêt supérieur de notre pays.

Les leaders de l’opposition significative devraient, à leur tour, se faire violence, calmer les va-t-en-guerre de leurs formations politiques et répondre à l’invitation du président de la République chaque fois que la situation du pays le commande. C’est une pratique courante dans les grandes démocraties. C’est également l’un des baromètres de la bonne santé d’une démocratie multi partisane moderne. S’abstenir, n’est-ce pas faillir ?

Le Sénégal est un et indivisible; même si au vu des statistiques des dernières élections législatives, nonobstant le raz-de-marée impitoyable consécutif au scrutin majoritaire à un seul tour ou « raw-gaddou », c’est une moitié du Sénégal qui fait face à une autre moitié du Sénégal. Point n’est besoin de pavoiser outre mesure ! Point n’est besoin, non plus, de s’en offusquer hors norme !

Quoi qu’il en soit, les élections législatives sont derrière nous. Dès lors, les fameux livres blancs dont, pour se donner bonne conscience, chaque camp n’arrête d’annoncer la parution, ne rempliront point le panier de la ménagère sénégalaise.

A moins que leurs feuilles de chou ne nous servent d’emballage perdu aux galettes de mil que nous achetons désormais en lieu et place des baguettes de pain de plus en plus hors de la portée de nos maigres bourses.

Mesdames-messieurs, tel devrait être le débat. Tout le reste n’est que palabre de politiciens professionnels en période de morte-saison. Si ce n’est la rivalité légendaire entre rats de ville et rats des champs !!!

Harouna Amadou LY dit Harouna Rassoul

Contribution parue dans Walf quotidien N°2833 du Vendredi 24 août 2001, page 10.