Oumar WELE (Beddou) : l’incarnation de «vouloir, c’est pouvoir»

Qui est joyeux d’apprendre, deviendra maître un jour
Le Sénégal est, certes, un petit pays, mais un repaire de grands hommes qui, du fait de leur labeur et de leur opiniâtreté, sont arrivés à se hisser au faîte du service public de notre continent.
Un de ceux qui me viennent à l’esprit et qui méritent bien d’être cités dans le répertoire des éminences grises de notre pays, est Oumar WELE dit Beddou, issu d’une famille maraboutique humble fort respectable.
Né en 1926 à Wâssétâké, province des Yirlâbé-Hebbiyâbé, il fréquenta d’abord l’école primaire rurale de Saldé-Tébégoutt : du Cours préparatoire 1ère année au Cours élémentaire 2ème année, puis l’école régionale de Podor où il obtint le Certificat d’Études Primaires Élémentaires (CEPE). Parmi ses camarades de promotion, on peut citer le doyen Aboubacry KANE (éducateur de formation, puis député, enfin, président de conseil d’administration) et Dr Yâya DIA (médecin africain et ancien député).
Doté de ce sésame fort utile à l’époque, Beddou fut recruté par le service des Postes, Téléphones et Télégraphes (PTT) et en tant que commis aux écritures, il fut affecté à Bamako alors capitale du Soudan français (Mali actuel).
Eu égard à son goût de l’effort, à ses aptitudes intellectuelles et à sa conscience professionnelle très aiguë, il accéda au grade de receveur avant d’obtenir, en 1955, le diplôme de contrôleur des postes suite à une formation à l’École des Postes et Télécommunications de Rufisque.
Son admission, en 1958, aux tests d’entrée à l’Institut des Hautes Études d’Outremer (IHEOM) de Paris qui formait les cadres de l’administration coloniale, lui ouvrit grandes les portes du prestigieux cercle des Grands Commis de l’État tout comme Daniel CABOU, Cheikh Hamidou KANE, Abdou DIOUF, Babacar BA, Habib THIÂM pour ne citer que quelques-uns des premiers hauts fonctionnaires sénégalais.
Dès son retour au bercail, en 1960, muni du Brevet de ce prestigieux institut, Beddou fut nommé directeur des affaires administratives et des chancelleries au ministère des Affaires étrangères; parallèlement à cette fonction, il assura la charge d’inspecteur des postes diplomatiques et consulaires du Sénégal.
Par la suite, il pilota le secrétariat général du ministère des Affaires étrangères : de 1963 au 06 mars 1968 sous le magistère de Me Doudou THIÂM, de mars à juin 1968 dans le cabinet éphémère de M. Alioune Badara MBENGUE et, de juin 1968 à 1970, à l’ombre de Dr Amadou Karim GAYE.
Pendant ce temps, Beddou fut appelé à dispenser des enseignements à la section “Diplomatie” de l’École Nationale d’Administration du Sénégal (ENAS) alors logée à l’Université de Dakar. Il s’en acquitta avec brio à l’enthousiasme de ses étudiants.
Tout comme Jean-Baptiste COLLIN, en 1970, Oumar WELE fut coopté dans l’illustre corps des inspecteurs généraux d’État créé par le président Léopold Sédar SENGHOR; seuls les fonctionnaires ayant rempli au moins dix ans d’ancienneté dans la fameuse Hiérarchie A1 et jouissant d’une moralité irréprochable, y étaient admis. Il se susurre que, compte tenu de la rigueur avec laquelle il opérait, WELE donnait des sueurs froides aux fonctionnaires qu’il inspectait.
Tandis que d’aucuns ont eu (ou simulé) subitement des malaises dès son apparition, d’autres ont tenté de se prémunir de moyens occultes pour se protéger. Au bout du compte, aucun de ces stratagèmes ne prospéra. Oumar étant toujours resté zen.
Du 10 janvier 1974 au 08 avril 1975, il assuma la mission de coordonnateur et de chef de de l’Inspection Générale et de l’ensemble des corps de contrôle dépendant du Bureau Organisation et Méthode (BOM), institution très chère au président SENGHOR et à son successeur Abdou DIOUF.
Du 08 avril 1975 au 31 décembre 1980, Beddou coordonna harmonieusement le Secrétariat général de la présidence de la République du Sénégal, centre de gravité de l’administration sénégalaise post coloniale.
Après la démission du président, poète et célèbre chantre de la Négritude, Abdou DIOUF, son successeur désigné grâce à l’article 35 de la Constitution, nomma Oumar WELE ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Environnement, station que ce dernier occupa du 1er janvier 1981 au 03 avril 1983, date à laquelle, suite à son élection comme député, il intégra l’Hémicycle d’abord avec rang de secrétaire élu (fonction très en deçà de la valeur intrinsèque du haut fonctionnaire qu’il était), puis en qualité de vice-président.
Au cours de la même législature, Beddou fut élu membre de l’Assemblée confédérale sénégambienne créée le 1er février 1982 dont il présida la Commission juridique et du Règlement intérieur. Son mandat parlementaire prit fin en 1988.
De 1988 à 1992, cumulativement avec sa fonction d’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire au Gabon, il représenta le Sénégal en Angola, en Guinée équatoriale et à Sao-Tomé-et-Principe avec pour résidence Libreville. En 1992, il rentra au pays pour jouir d’une retraite bien méritée.
Citoyen exemplaire, Beddou WELE était aussi un adepte de la confrérie tidjâne ; il a fait ses humanités coraniques dans le foyer de son père Thiêrno Amadou Oumar, un marabout placide et rigoureux. C’est cet homme de Dieu qui lui inculqua ses vertus connues et reconnues, parmi lesquelles : l’honnêteté, la fidélité, l’ardeur au travail, la serviabilité, la loyauté…
Oumar WELE, c’est également ce self-made-man qui, avec seulement le CEPE comme base de départ, du fait de ses ambitions solides et de son esprit volontariste, a atteint le summum de l’administration sénégalaise. Par son bel exemple, il a prouvé que la vie n’a vraiment de son sens que quand elle est orientée vers l’essentiel.
Aussi, de 1987 à son décès, en sa qualité de président de la PADEC (Association panafricaine pour le développement communautaire), occupa-t-il une place de choix dans la Fédération des Experts et Consultants africains (FECA) et dans l’Association générale des intervenants retraités du Sénégal (AGIR) qu’il dirigea avec grande dextérité jusqu’à son rappel à Dieu.
Soit dit en passant, Beddou WELE était un homme très cultivé et un généalogiste hors pair. Parce qu’il maîtrisait parfaitement l’histoire de sa province, il lui arrivait de déclamer avec aisance les généalogies de la parentèle tôrôdo du Foûta-Tôro à laquelle il appartenait, aussi pouvait-il rivaliser avec les griots les plus ferrés de la contrée.
Oumar WELE était très proche des grandes familles religieuses, notamment : les TÂL de Halwâr (dont deux de ses enfants, Mountagha et Bachîr, portent les prénoms), les SY de Tivaouane et, à la fin de sa vie, les NIASS de Médîna-Bâye sous la bannière de Cheikh Ould Khaïry, guide spirituel de son ami El-Hadj Amary MBAYE et de son cousin auteur de la présente biographie, tous deux membres de la jama’a de Dakar conduite par le très gnostique Thiêrno Ibrahima Mahmoud DIALLO.
Le mouvement scout que WELE intégra en 1946 aura fait de lui un homme capable de coopérer autant avec les personnes de son âge qu’avec les adolescents. et même les jeunes enfants. La simplicité de sa vie, son ouverture d’esprit, son amour de la nature et de la patrie, le culte qu’il vouait à l’honneur et son dévouement à son prochain, dans un esprit de fraternité et de chevalerie, n’ont échappé à personne, en tout cas, pas au président SENGHOR qui le tenait en grande estime.
Oumar Amadou Oumar WELE fut rappelé à Dieu, à Dakar, le vendredi 14 mai 2004. Après la prière mortuaire dirigée par Thiêrno Mountagha TÂL au mausolée El-Hâdj Saïdou Noûrou TÂL, en présence de centaines de parents, amis, voisins, anciens collègues, alliés et de nombreuses personnes qui lui doivent soit le travail qui les nourrit, soit le toit sous lequel elles s’abritent, il fut inhumé le lendemain à Pété, village pour la promotion duquel il s’est donné corps et âme.
En effet, c’est grâce à ses interventions salutaires que Pété, chef-lieu de la province des Yirlâbhé-Hebbiyâbhé jusqu’en 1878, étrenna sa première école primaire en 1958, son dispensaire et son bureau de poste (PTT), un peu plus tard.
Unique garçon de Fatimata Kodda, Beddou a eu trois épouses : Aïssata Rassoul LY dite Diêgnâ, de Saldé-Tébégoutt, qu’il maria en 1950, Dieynaba ÂW (en 1964), originaire de Pété mais dont la famille s’est installée à Kaolack, Âdama CÎSSE, une léboue de Mbao (mariée en 1977, décédée le 11 novembre 2011) et une vingtaine d’enfants dont l’aîné, Amadou Diêgnâ, disparu en bas âge, en 1953, et Bâbacar Oumar, le 31 janvier 2015.
L’hommage que le doyen Aboubacry Râcine KANE (1925-2014), son ami d’enfance et camarade de promotion aux écoles rurale de Saldé et régionale de Podor, lui a rendu, nous édifie davantage sur la mission, ô combien exaltante, que Beddou WELE a accomplie ici-bas :
« Homme politique de premier plan, Oumar WELE avait le sens de l’écoute, du contact et du respect de l’autre : qualités issues de l’éducation traditionnelle reçue et renforcée par son engagement scout avec feu Albert NDIÂYE. Toute sa vie durant, il a été fidèle à son engagement scout : “Servir et protéger.”
« Homme de foi attaché à son terroir et aux valeurs qui ont forgé l’honneur de nos pères, Beddou aura servi son pays avec brio et abnégation.
« Avec lui, le Foûta-Tôro et le Sénégal tout entier perdent un de leurs éminents fils : un grand patriote, honnête, profondément enraciné dans les valeurs de son terroir. Son parcours et sa vie en attestent éloquemment. »
L’exemple de cet homme multidimensionnel doit inspirer tous ceux ou celles qui, sous la houlette du président Macky Sall, veulent, par le travail (aliment des âmes nobles), la discipline, la perspicacité et la loyauté, contribuer à l’Emergence du Sénégal. Vouloir, n’est-ce pas pouvoir?
Harouna Amadou LY dit Harouna Rassoul, écrivain-biographie

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Notes de lecture: Saldé-Tébégoutt, la mémoire réhabilitée d’un carrefour du Fouta

Lorsqu’une bande de terre de 190 kilomètres de long sur 7 à 9 kilomètres de large, encaissée entre le fleuve Sénégal au nord et le marigot de Doué au sud, brille aux confluences des peuples, elle le doit à sa renommée bâtie sur des cultures et des traditions fortes. Son passé éclaire son présent et l’abnégation de ses habitants, dans leurs trajectoires individuelles et collectives, se traduit en une boussole pour le futur.

Par Habib Demba FALL, paru dans Le Soleil N° 13500 du jeudi 28 mai 2015, page 25 (ISSN: 0850/0704) Continuer la lecture de Notes de lecture: Saldé-Tébégoutt, la mémoire réhabilitée d’un carrefour du Fouta

Lettre au Président Macky Sall: Crise scolaire et état du Fouta

Monsieur le Président de la République,

Avant de vous exposer l’objet de la présente lettre, je crois utile de vous dévoiler  mon parcours, ce qui justifierait ou à tout le moins expliquerait mon intervention.
Après dix ans dans les classes, je fus admis au concours d’entrée à l’école normale supérieure  de Saint-Cloud en France pour faire la formation des inspecteurs de l’enseignement.

A l’issue de cette formation, je fus tour à tour affecté comme chef de circonscription scolaire d’abord à Kolda puis à Kaolack pour me retrouver ensuite à l’école normale William Ponty de Thiès que je dirigeai pendant dix ans. Continuer la lecture de Lettre au Président Macky Sall: Crise scolaire et état du Fouta