URD : A l’attention du comité d’orientation du mouvement pour le renouveau démocratique

Le camarade Djibo Leyti KA vient de révéler que notre mouvement allait sous peu être érigé en parti politique dont la dénomination devrait être : Union pour le Renouveau Démocratique – U.R.D. Ce faisant, je voudrais tenter une analyse de chacune des lettres de notre sigle afin d’essayer d’en faire ressortir la signification que nous aurions souhaité donner à notre parti. La mémoire collective sénégalaise soutient que l’enfant hérite de sept caractères (bons ou mauvais) de son homonyme. Le Prophète Muhammad (P.S.L) lui-même recommande que le prénom de baptême soit bien choisi ; ce choix doit être judicieux et symbolique. Revenons donc à notre sigle : U.R.D.

U. comme Union. C’est une entente entre plusieurs personnes, plusieurs groupes. Union signifie concorde, entente, harmonie. On a coutume de dire que l’Union fait la force parce que l’entente et la communauté de vues et d’action engendrent la force, et se traduisent par l’Union des cœurs et des esprits.

Maintes fois on a confondu Unité et Union ; alors qu’Unité est statique et désigne un caractère, Union, elle, est plutôt dynamique et désigne les relations résultant d’un processus.

Comme l’a écrit Michelet : « L’expérience du monde nous apprend cette chose triste, étrange à dire et pourtant vraie que l’Union trop souvent diminue dans l’Unité. » ; du reste, comme le clame Lalande, «le mot union implique toujours l’existence distincte des êtres entre lesquels elle a lieu ».

Ainsi, l’union s’oppose à l’uniformité présentant des éléments tous semblables dont toutes les parties sont identiques ou perçues comme telles. C’est une espèce de clonage que tous les hommes sains d’esprit ont systématiquement rejeté. C’est cette vue par trop restrictive, voire négative, que Djibo et ses amis se sont évertués à combattre au P.S. car, sauf dans de rares cas, l’unité porte en elle-même les germes de sa propre destruction : le P.S., le P.D.S., et le P.I.T. en ont fait les frais à des degrés divers.

Certes, l’U.R.D. se propose de mettre l’accent sur tout ce qui rapproche ses membres, mais elle doit se garder de toute propension à l’unicisme, au monisme, en ce que ces deux notions tendent à réduire à un seul élément primitif un ensemble de faits, de phénomènes. Nous sommes donc pour l’Union et contre l’Unité.

R. comme Renouveau : Ce concept se définit comme une apparition de formes entièrement nouvelles. Comme l’écrit L. de Broglie : «Contrairement à l’apparence, c’est peut-être, précisément, dans des temps difficiles comme le nôtre que les grands efforts de coordination et de réorganisation doivent être tentés. Dans la vie des peuples comme celle des individus, les périodes d’épreuves sont souvent celles qui précédent les grands renouveaux. »

Notre pays est depuis plus de trente ans tombé en déliquescence, notre économie est en lambeaux, nos structures sociales sont désarticulées, nos institutions politiques, nos valeurs morales traditionnelles, bafouées. En un mot, nous avons perdu nos repères. Que faire ?

Plusieurs solutions s’offrent à nous, mais nous n’en avons retenu que deux: la restauration ou la renaissance.

Si la restauration suppose tout simplement une réparation, une amélioration, voire un embellissement, la renaissance, elle, implique un nouvel essor de notre société, de nos institutions, de nos activités intellectuelles et artistiques, un enracinement éclairé dans nos valeurs spirituelles et morales.

Renaissance signifie Renouveau, c’est-à-dire un divorce radical d’avec tout ce qui constitue une entrave à la marche vers le progrès économique, social et politique. Voilà pourquoi, avant même sa mise sur les fonts baptismaux, l’U.R.D., comme elle l’a si bien explicité dans sa profession de foi, a mis en exergue un certain nombre d’objectifs dont la réalisation sonnerait le glas de l’inertie et réconcilierait notre pays avec son passé riche de faits héroïques tout en l’ouvrant vers un avenir heureux et prospère.
Ce n’est point contradictoire.

D. comme Démocratique, adjectif signifiant ce qui appartient à la Démocratie qui est une doctrine politique d’après laquelle la souveraineté doit appartenir au demos, c’est-à-dire au peuple. La démocratie place l’origine du pouvoir dans la volonté collective des citoyens. Elle repose sur la liberté des citoyens.

La république est la forme la plus fréquente de la démocratie moderne, mais il y en a d’autres ; toutefois, la démocratie, quels que soient ses formes et ses objectifs, si on n’y prend garde, peut dégénérer en démagogie, pire, en tyrannie.

Les derniers événements survenus dans certains partis politiques sénégalais seraient dus, selon leurs auteurs, à la confiscation dans les mains d’un seul individu ou d’un groupuscule de tous les pouvoirs de conception et de décision, du droit de vie ou de mort politiques sur ceux dont le seul crime est de penser autrement, de s’opposer à la volonté du prince ou de sa cour.

Le Parti Socialiste sénégalais avec ses congrès sans débats, ses fameuses cartes blanches et ses motions de soutien téléguidées, est un exemple vivant de tyrannie. Mais, il n’est pas seul dans ce cas d’espèce. Seulement, comme l’a si bien écrit Voltaire : « Le grand vice de la démocratie n’est certainement pas la tyrannie et la cruauté. Le véritable vice d’une république civilisée est dans la fable turque du dragon à plusieurs têtes et du dragon à plusieurs queues. La multitude des têtes se nuit et la multitude des queues obéit à une seule tête qui veut tout dévorer » !

Appliquée à l’aune de l’U.R.D., cette citation est éloquente. Disons-le haut et fort, même si nous saluons et encourageons l’adhésion à l’U.R.D. de centaines de cadres intellectuels, opérateurs économiques et leaders d’opinion (termes que nous préférons à l’expression «porteur de voix »), il est plus que jamais d’une nécessité impérieuse de canaliser, encadrer tout ce monde pour parer à toute collision d’intérêts, à tout opportunisme qui ne dit jamais son nom.

Le télescopage de cadres mus chacun par des ambitions à la fois personnelles et folles caractérise la classe politique sénégalaise. Dans ce secteur, tout comme dans la jungle, tous les coups sont permis et les plus féroces dévorent les plus faibles.

Le combat des « barons » est encore plus épique et plus destructeur en ce qu’il engendre, dans la plupart des cas, la dislocation des partis ; le grand R.N.D. et, plus tard, ses débris, ont été victimes de la lutte fratricide de leurs géniteurs. A cause de cela, le P.S semble vivre ses derniers instants. C’est peut-être la fin d’une mystification qui aura duré plus de quarante ans alors que le R.N.D originel n’a eu que sept ans d’existence et, ce malgré le charisme et la probité intellectuelle et morale de feu Cheikh Anta DIOP.

L’U.R.D. est donc avertie : les cooptations souvent non fondées et autres simulacres d’investitures de soi-disant porteurs de voix doivent être bannis à jamais. La promotion dans le parti doit se fonder sur le mérite et non sur le copinage, la parenté ou autres arguties.

Le mérite doit se mesurer à l’esprit d’organisation et de méthode, à la capacité de faire adhérer le plus grand nombre de personnes de taille au parti, à la facilité d’insérer l’U.R.D. dans le tissu social des villes et des campagnes, au don au parti de soi-même et de ses biens. Tout militant qui adhère à de tels principes mérite du parti, lui concéder une place de choix ne serait que justice. Eviter la démagogie, la confusion et la tyrannie : Voilà les maîtres-mots devant servir de viatiques à l’U.R.D. sur la voie où elle s’est engagée.

Reprenons la fin de la citation de Voltaire pour l’appuyer avec vigueur : «La multitude des queues obéit à une seule tête qui veut tout dévorer. » Ce fut le drame de tous les totalitarismes, qu’ils s’appellent fascisme ou nazisme, partis uniques ou partis-état, qu’ils fussent des monarchies absolues ou de pseudo démocraties populaires ! C’est l’un des mille et un écueils et de loin le plus subtil que notre parti doit écarter.

L’aura d’un homme politique est certes salutaire en ce qu’elle peut servir de catalyseur pour susciter des adhésions à un parti, mais pour rien au monde, le charisme ne doit être un instrument d’inféodation à un homme, fût- il un génie politique !

DAKAR, Le 21 juin 1998

Harouna Amadou LY

Contribution parue dans «La Lettre du Renouveau » n° 09 mercredi, 22 juillet 1998, page 08