Visite annuelle de Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry – Octobre 2000

MAWLANA CHEIKH,

Nous sommes, encore une fois, très heureux de vous recevoir au nom de Thierno Ibrâhîm Mahmûd DIALLO, responsable moral du Dâhira de Dakar, de vos disciples de la cellule S.H.S et de tous ceux du Sénégal, de la Gambie et de la Mauritanie ici présents.  Nous le faisons avec d’autant plus d’enthousiasme et de fierté que cette fois-ci, Dieu le Tout-puissant a bien voulu exaucer le vœu que nous avons toujours formé, celui d’enjamber, à vos côtés, le troisième millénaire, ère de votre magistère, les rangs plus serrés.

C’est cette atmosphère  de ferme espérance qui nous permet de jeter un regard sur le passé pour rappeler l’apport inégalable des musulmans à la civilisation de l’Universel. Il s’agit de mettre l’accent sur l’harmonie entre le génie scientifique et les valeurs morales islamiques dont un bon nombre de nos coreligionnaires ont été de brillants artisans ; d’autant que, selon un hadith du prophète Muhammad (sas) : « Dieu n’est vraiment obéi et adoré que par la science, les bienfaits d’ici-bas et de l’au-delà ne sont que l’effigie de la science tandis que le mal d’ici-bas et de l’au-delà ne se gagne qu’avec l’ignorance ».

Le calife Ali Ibn Abî Tâlib a renforcé en disant : « Le savant reste vivant même après sa mort, l’ignorant est mort même de son vivant ».

C’est dire  « qu’en islam, le savoir est un vaste trésor qui ne s’épuise pas » ; il est sacré. C’est pourquoi le Prophète Muhammad (sas) nous recommande d’honorer les savants car ils sont les héritiers des Prophètes et « celui qui travaille sans savoir détruit plus qu’il ne construit ». Aussi le Prophète  (psl)  exige-t-il de nous de questionner les savants, de converser avec les sages et de fréquenter les indigents. Par ailleurs, il nous apprend que  « l’encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs ».

Du reste, sur les 99 attributs de Dieu révélés aux communs des musulmans, al-Âlimu ou le Savant, 20e attribut cité 162 fois dans le Coran Sacré, vient en troisième position après Allâh, 1er nom, cité 2698 fois et al-Haqqu, le véridique, 52e nom, cité 227 fois.

Le savoir doit donc être le soubassement de toute civilisation qui se veut pérenne. C’est ainsi que le Prophète Muhammad (psl) engage les fidèles à « rechercher la science, quand bien même cela exigerait qu’il faille aller jusqu’en Chine  » pour la trouver !

En 1964, pour obtempérer à l’injonction précitée, le Cheikh-al-islam El-Hâdj Ibrâhîm NIASS a accompli ce voyage sur invitation des musulmans chinois.C’est Bâye lui-même qui a dit un jour : « En matière de connaissance, les femmes devraient rivaliser avec les hommes ».

En islam, le savoir est si capital que sur les frontons des Universités de l’Espagne musulmane, on lisait : « le monde est soutenu par quatre colonnes : le savoir des sages, la justice des grands, la prière des justes et la valeur des braves ».

On remarque que le savoir se trouve en première place. Son médium, au début, était la langue arabe, langue fascinante, prodigieuse de force d’évolution et de souplesse.

Toute sa vie durant, Mawlânâ El-Hâdj Ibrâhîm NIASS  a encouragé ses disciples à bien apprendre les langues étrangères dont l’arabe qu’il maniait avec élégance. Il a ainsi affirmé : « Si j’avais connu plus de langues, j’aurais gagné plus de peuples à ma cause. Quiconque voyage sans connaître parfaitement l’arabe et le français ou l’arabe et l’anglais peut bien rester chez lui parce qu’il se dérangerait pour rien ». 
Pour illustrer ce savoir, selon l’Egyptien Muhammad al-Hafiz at-Tidjâni, Bâye connaissait à fond des milliers de  hadiths, leurs explications et leurs chaînes de transmission depuis le Prophète (psl) ; aussi lui a-t-il décerné le titre de « Hujja » ou la preuve.  On peut comprendre cette érudition  quand on est informé de cette confidence de Bâye : « Depuis que j’ai atteint la trentaine, je n’ai jamais dormi plus de deux heures par jour ». Quelle ténacité !
C’est grâce à ce Savoir que l’islam a conquis le monde et étendu sa civilisation même dans les régions les plus réfractaires à sa cause.
Les Abbassides de Baghdâd (750-1258) et les Umeyyades d’Espagne (756-1492) en ont été les principaux bâtisseurs. Les grandes cités où régnait l’islam étaient des foyers de civilisation éclairant le monde de leur lumineux éclat, à une époque où le reste de l’Europe était plongé dans la barbarie et l’obscurantisme. Et, pendant près de sept siècles, l’islam domina le monde par la puissance, le savoir et la primauté de sa civilisation.

La « Bayt al-hikmat » créée à Baghdâd en 830 culmina sur tout le Moyen-âge. Elle contribua au réveil de l’Europe et porta la lumière dans l’Asie tout entière.

Ainsi, c’est l’Orient arabo-musulman qui inculqua à l’Occident chrétien la méthodologie du tissage des étoffes de luxe, l’art de fabriquer le satin, le velours, les étoffes serties d’or et d’argent, la mousseline, la production de tapis moelleux. L’art de fabriquer le papier et celui de cuire des sirops viennent des artisans syriens. La machine qui sert à tirer  l’eau de puits pour l’irrigation de jardins et des champs a été transmise aux Français par les Umeyyades d’Espagne.

Tant en Astronomie, en Physique, en Mathématiques qu’en Sciences naturelles, les musulmans ont partout excellé. C’est le Cairote Ali Ibn Yûnuss qui créa la pendule entre 990 et 1021 ; les chiffres et le système de numération utilisés aujourd’hui en Arithmétique, de même que l’Algèbre ont été inventés par les Arabes. Le signe ’0’ a été révélé par Muhammad ben Ahmad en 976.

Al-Battânî excellait dans la trigonométrie, et utilisait les termes : sinus et cosinus de même que la tangente qu’il appelait « Ombre étendue ». En Chimie, un grand nombre de termes utilisés sont d’origine arabe : alcool, alambic, alcali, élixir…

Le camphre, l’eau distillée, les emplâtres, les sirops, beaucoup de pommades ont été mis au point par des savants musulmans. La pulpe de tamarin, certains parfums et aromates, l’encens, l’essence de rose, la noix de muscade, le clou de girofle, le poivre, de même que la tomate, l’asperge et autant de variétés de fleurs tels le lilas, le jasmin, la tulipe, le camélia étaient utilisés par les arabes bien avant les Européens.

Des dizaines de termes et de concepts français que nous utilisons couramment sont empruntés à l’arabe. Par ordre alphabétique, ce sont : abricot, alambic, alchimie, alcôve, alcool, algèbre, almanach, amiral, ambre, arsenal, artichaut, aspe, rge, assassin, azur, café, calibre, carafe, chacal, chiffre, coton, cordonnier divan, douane, échec, épinard, estragon, gaze, gazelle, girafe, guitare hasard, jupe, laque, lilas, magasin , matelas, moka, mousseline, orange, pêche, raquette, riz, satin, sirop, sofatatambour, zéro.

En médecine, Abû Ali al Huseyn Ibn Abdallâh dit Ibn Sîna ou Avicenne fut sans doute le plus grand des médecins de l’Orient musulman. Le plus éminent des chirurgiens musulmans fut Abdul Qasim Khalaf ben Abbâs dit Abûlkasis. Abûl Wâlid Muhammad Ibn Rushd, dit Averroès, fut aussi un médecin hors pair.

Le syrien Ibn an-Nafîs connaissait le mécanisme de la circulation du sang trois siècles avant le Portugais Servet à qui cette découverte a été attribuée.

Aussi bien en Philosophie, en Sociologie, en Architecture, en Littérature, en Musique qu’en Histoire, les arabes musulmans ont dominé le monde. Muhammad al-Ghazali (1058-1111) fut un grand philosophe et le maître spirituel de la communauté islamique d’alors tandis que c’est  Abdar-Rahmân Ibn Khaldun (1332-1406) qui, dans Al-Muqaddima (Les Prolégomènes) et Kitâb al-Ibar (Le livre de l’Histoire Universelle), a jeté les bases de la philosophie de l’histoire et de la sociologie moderne.

La poésie musulmane est sans égale. Le Coran, parole de Dieu, et les recueils écrits par de célèbres musulmans en sont d’irréfutables illustrations.

El-Hâdj Ibrâhîm NIASS et Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry sont connus  comme de brillants intellectuels et d’éminents poètes.

Le « Mâ Bâlu » de Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry est une œuvre dont la rythmique et le message philosophique étonneraient nombre de spécialistes de la versification et de la pensée islamiques.

Nous allons terminer par la lecture de quelques extraits d’un poème de 2972 vers intitulé Taysir al Wusul Ila Hadratu Rasûl que Mawlânâ Ibrâhîm NIASS a consacré à la meilleure des créatures, Saydinâ Muhammad (psl).

Cette œuvre a été traduite en français en 1963 par le  Docteur Amar Samb, ancien Directeur de l’IFAN, aujourd’hui rappelé à Dieu.

  1. « J’ai passé la nuit entière en veillant et en priant au souvenir de celui qui a été excellent du début à la fin de son existence. J’ai défié cette nuit-là les tourterelles qui gémissaient tandis que la nuit et les voisins dormaient et que mes paupières voyaient passer des torrents de larmes de passion
  2. J’ai disposé harmonieusement des perles, des mots, pour exalter ses qualités
  3. Qu’elles sont belles les qualités de la planète lune telles des perles précieuses
  4. Soigneusement enfilées dans un collier !
  5. C’est grâce à lui que les Prophètes  ont reçu la faveur que l’on sait. Il est la  parure des Assemblées prophétiques. Donc, vénère-le !
  6. Exalte-le !
  7. Il fut désigné comme Apôtre par le Seigneur avant qu’Adam ne fût créé.
  8. Et il restera un messager qu’on exaltera jusqu’à la consommation des siècles
  9. Tout le monde dort paisiblement la nuit tandis qu’Ibrâhîm NIASS est mis à l’Epreuve dans son amour pour Muhammad (ASS), le meilleur des hommes, la Source de la splendeur.
  10. Si vous me demandez qui est mon ami et mon maître, je vous répondrai que c’est Tâhâ, ami de Dieu, pas un autre, pas un autre.
  11. Il est de teint clair et les nuées s’abreuvent des ondées de son visage, grâce à lui la nuit de l’ignorance qui était si obscure s’est illuminée
  12. Le meilleur don que le maître du trône nous ait fait, c’est de nous avoir envoyé Tâhâ, Muhammad. Il est Miséricorde divine. Dieu est miséricordieux. Combien Il est  généreux !
  13. Mon temps, mes œuvres, je les consacre en prières et en louanges pour l’exalter si bien que je suis devenu une nouvelle Lune ».
C’est cette Lune, c’est-à-dire El-Hâdj Ibrâhîm NIASS, qui toute sa vie durant a éclairé de sa lanterne la « nuit lumineuse du soufisme » dont Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry est aujourd’hui le vivificateur.
Il serait vain de vouloir séparer la silhouette de la réalité dont elle est naturellement le reflet.
Mawlânâ Cheikh, chers invités, nous vous souhaitons la bienvenue dans cette cité bénie d’as-Shukru, wal-Haqqu was-Sâdatu.