Visite de Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry, 1997

Mawlânâ Cheikh,
Voici la troisième année consécutive qu’il nous échoit l’honneur et le plaisir de vous recevoir au nom de la cellule Golf-Nord sur la terre désormais bénite d’as-Sabru wal-Hikmat was-Salâm (S.H.S.)
Nous en sommes d’autant plus fiers, et ô combien ragaillardis, que le 30 octobre entre dans nos bonnes mœurs  et devient un moment fort pour la jama’a de Dakar avec votre bénédiction, mais aussi et surtout par votre présence effective drainant des centaines de disciples et de sympathisants.

C’est cette opportunité que nous saisissons pour, avec votre autorisation, réfléchir à haute voix sur certains concepts chers à l’islam.
En 1996, nous avions traité grosso modo de la patience, de la sagesse et de la paix ; cette année nous retenons les concepts d’Unité, de Solidarité et de Concorde qui reviennent fréquemment dans vos sermons.


Mawlânâ Cheikh,
D’une dizaine de disciples à la gorge nouée et à la salive tarie par une soif  alors insatiable de Dieu, nous sommes aujourd’hui des centaines, même des milliers en Afrique, et un peu partout dans le monde, à étancher cette soif  grâce à la source la plus pure, c’est- à -dire la vôtre.
Voilà pourquoi, convaincus de la véracité de votre mission, nous devons rester unis autour de vous et former ce qu’Ibn Khaldun, le grand historien-sociologue, appelait açabiyâ, c’est à dire un esprit de corps inébranlable, car comme le dit l’adage, l’union fait la force.

Nous avons tantôt dit : Unité, Solidarité et Concorde. Dieu, le Très-Haut ordonne dans le Coran : «Et cramponnez-vous tous au câble de Dieu, et ne soyez point divisés » (S.3.V. 103). Il ajoute au verset 110 de la même sourate : « Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes, vous ordonnez le convenable et vous interdisez le blâmable et vous croyez  en Dieu. »

Le Tout-Miséricordieux exhorte les hommes à la solidarité : « Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et dans la piété » (. S.5 ; V 2).  Le verset 10 de la sourate 49 va beaucoup plus loin qui affirme : « Les croyants ne sont que  des frères. Etablissez la concorde entre vos frères et craignez Allâh afin qu’on vous  fasse miséricorde. »

C’est ce que corroborent maints hadiths du Prophète Muhammad (psl) dont : « La Communauté est une miséricorde et s’en écarter est un châtiment. »
Le Prophète (psl) ajoute : «Ne vous détestez pas, ne soyez pas envieux les uns des autres, ne vous tournez pas le dos, ne rompez pas vos liens d’amitié et soyez frères, ô esclaves de Dieu ! Il n’est pas permis à un musulman de fuir son frère plus de trois jours. »

Dans la plupart de ses correspondances notre guide, le Cheikh al-islam El-Hâdj Ibrâhîm NIASS, de 1922, année à laquelle il aurait écrit Ruhul Adab,  à son rappel à Dieu  en 1975, a mis en exergue l’importance de l’union des cœurs et des esprits, une des conditions de notre existence ici-bas en vue de faciliter la vie éternelle dans l’au-delà.

La communauté qu’il a créée à Mâdina-Bâye est, certes, hétérogène dans ses origines et ses traditions, mais unie par la religion (dîna) et la confrérie (târîqâ) et  par le commun vouloir d’une intégration positive.
Là, Sénégalais, Mauritaniens, Nigérians, Ghanéens, Gambiens, Béninois,  Américains… cohabitent, de sorte que, de nos jours, Mâdina-Bâye, c’est Mâdinatu -nabi tout court.

Boubacare-la-pieuse emboîte le pas à sa sœur aînée. La communauté que votre sainteté y a implantée est de plus en plus pluriethnique, multinationale. Pendant les grandes rencontres (munâsaba) que constituent le 30 avril et l’ « Ismu » ou anniversaire du baptême du Prophète (psl), les fidèles venant des quatre coins d’Afrique, voire du monde, y communient dans la ferveur et la discipline.

En dehors même de ces retrouvailles, Boubacare demeure l’une des rares localités au monde où le zikru lâh est institué en permanence comme le recommande Allâh : « Ô croyants, lorsque vous rencontrez un groupe, alors soyez fermes et rappelez-vous beaucoup Dieu : peut-être réussirez-vous » (S.8, V.45).

A Boubacare, tout comme à Madîna-Bâye, les séances de récitals de rappel ou  zikr  sont quotidiennes ; elles y réunissent les autochtones tout comme les pèlerins autour de celui qui ressemble beaucoup à celui pour qui Abû Tâlib, l’oncle du Prophète (sas), a composé ce poème : « Le blond visage, au nom duquel on prie pour obtenir les pluies, protecteur des veuves, asile des orphelins. » Un petit tour chez le Cheikh donnerait l’occasion de constater toute l’actualité de ce poème vieux de plus de 1300 ans.

Ainsi, les concepts d’Unité, de Solidarité et de Concorde ne sont point de vains mots, mais ils constituent les arcades d’un long pont dont le Coran est le revêtement, la sunnah du Prophète (psl), l’orientation, la tarîqa tidjâne, le phare lumineux et la faydhâ de Bâye, la pente douce s’ouvrant sur un océan sans côte.

C’est cela la gnose ou mâ’rifa qui se définit comme une philosophie suprême initiatique et ésotérique contenant toutes les connaissances sacrées.
Pour ainsi dire, c’est le Savoir par excellence qui donne la primauté à la religion du cœur, à l’amour de Dieu  et aux valeurs d’ascèse au sens noble du terme.
Par la grâce de Dieu, tous les disciples de Mawlânâ Cheikh Ibrâhîm NIASS se baignent dans cet Océan et, mieux, s’y  « noient »!

Mawlânâ Cheikh, dignes compagnons de notre cher guide, illustres invités, nous vous disons : ahlan wa sahlan ; marhaban bikum.