Visite de Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry – 30 octobre 2001

Mawlânâ Cheikh,
Honorables  invités,  chers condisciples,
Mawlânâ  Cheikh,

Cette visite marque le septième rendez-vous officiel avec votre Éminence dont la cité S.H.S. est le théâtre et 2001, la sixième année consécutive depuis ce fameux 30 octobre 1995, où, pour la première fois, vos pieds bénis ont foulé le sol de Golf-Nord.

30 octobre est aussi le point de départ de la sixième munâsaba de votre jama’a  après le mawlîd an-nabi et la célébration de la leylatul qâdr à Madîna-Bâye, la commémoration de l’anniversaire de la naissance de Mawlânâ Cheikh Ibrâhîm NIASS ou « gammu » de Taybâ, le mawlid an-nabi du 20 avril et le baptême ou «ismu» à  Boubacar.

La munâsaba de la cité S.H.S. à l’organisation de laquelle participent désormais tous les dâhiras du Sénégal et plus particulièrement celui de Dakar qui en est l’hôte, s’impose de plus en plus comme la deuxième opportunité, après le mawlid an-nabi du 20 avril, où les disciples communient et communiquent directement et à haute voix avec votre sainteté.

La rencontre de cette année revêt une double signification :

  1. Rappel de certains événements marquants,
  2. Célébration de l’avènement de Seydî Ahmad Ibrâhîm NIASS et son impact sur la réorganisation de la grande famille spirituelle de Mawlânâ El-Hâdj Ibrâhîm .

Mawlânâ Cheikh,
Les années 1422 (du calendrier musulman) et 2001 (du calendrier grégorien) ont jeté les disciples dans un profond émoi avec la perte de deux grands piliers, deux références inégalables : El-Hâdj Abdallâh Ibrâhîm NIASS et Thierno Harouna SOW.
La disparition d’El-Hâdj Abdallâh Ibrâhîm NIASS est considérée par toute la ummah islamique comme une grande perte du fait de l’envergure spirituelle et intellectuelle du défunt.

En effet, les témoignages recueillis ici et là mettent en relief la simplicité, la probité morale et intellectuelle, le sens de l’hospitalité, donc les qualités morales et sociales de Hâdj Abdallâh qui, de 1975 à 2001, s’est employé à rassembler tous les disciples de Bâye malgré leur disparité géographique et leur diversité sociologique (raciale et ethnique.).

Grâce à Dieu, il y a réussi eu égard également à sa vaste culture et à sa dimension spirituelle insondable.

El-Hâdj est aussi un des rares contemporains à avoir mémorisé des milliers de hadiths et à s’exprimer avec aisance dans un arabe clair et limpide.

Cette âme pieuse qui vouait à Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry une estime à la fois amicale et paternelle,  a quitté ce bas- monde le 1er rabi al-awwal, mois du Prophète Muhammad (sas).

Le jour de son décès, Dieu nous a inspiré un poème écrit en sa mémoire

A  El-Hâdj  Abdallâh  Ibrâhîm  NIASS

La presse unanime l’a titré :
Une âme pieuse s’est retirée,
El –Hâdj Abdallâh NIASS n’est plus.
Pour toujours, il a rejoint le Guide des Elus.

Oui, Abdallâh,  cet esclave soumis,
S’en est allé ce jeudi
Tout comme Cheikh Ahmad At-Tidjâni
Les yeux relâchés, le visage épanoui.

La ummah est dans un désarroi complet ;
Tous, la nouvelle nous a accablés,
Notre calife, la mort nous a ravi
Fin d’une courte vie, début d’une  survie.

El-Hâdj , aujourd’hui, s’est endormi
Aux dernières lueurs  de la Katmiyatu  Cheikhi
Ou Ascension dissimulée d’Ahmadâ ;
Aube radieuse de rabi al-awwal de Tâhâ.

Puits sans fond de  l’éternelle connaissance,
De la scène de ce monde et en pleine renaissance
De la crue cognitive qui purifie les âmes,
A jamais, s’est éclipsé Abdallâh Barham.

Après Nazîr l’éloquent et Haroun le constant,
Madîna-Bâye l’hospitalière, à l’Océan
De la maa’rifa, rend un hommage mérité,
Tout comme Taybâ, Bûbâ et Matâ, les glorieuses cités .

Le Sénégal, la Mauritanie,  les lointaines Amériques,
Le Nigeria, le Soudan, le Maroc, ces géants de l’Afrique,
Illettrés, indigents, savants  et riches bourgeois
Dans cette dure épreuve restent tous  pantois.

En effet, l’un des derniers grands soufis,
Qui a mémorisé des milliers de saints écrits
Et qui, par ses qualités, surplombait ses pairs,
Âs, notre père, n’est plus de notre sphère.

D’Allâh nous venons et à Lui nous retournons;
Alors, notre affliction, tempérons !
Pour Hâdj et Thierno, ensemble prions !
Mawlânâ, nos condoléances, nous vous présentons.

Et vous, Cheikh Ahmad Ibrâhîm,
Qui,  en l’absence du Calife, assuriez l’intérim,
Vous voilà installé aux avant-postes.
Dieu vous a choisi, point n’est besoin de faste.

Dès ce jour, votre autorité, les disciples reconnaissent;
Qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, tous vous  connaissent ;
Votre vaste culture et vos qualités, rien ne leur échappe;
Ils souhaitent que votre  sacerdoce et vos projets, nul ne sape !

Thierno Harouna SOW, non plus, n’est plus à présenter dans cette  jama’a où malgré son jeune âge – il n’avait que cinquante ans – il était considéré comme un patriarche, une autorité   reconnue.  Il fut l’un de vos tout premiers disciples noirs, un des plus fidèles, des plus courageux, des plus actifs parce que convaincu de la véracité de son choix, de la noblesse de votre mission.

Son savoir sans limite, sa forte personnalité, son amabilité naturelle, sa voix suave, ses qualités intrinsèques de rassembleur d’hommes  patient, attentif et pédagogue , sa générosité sans borne, son attachement sans faille à votre illustre personne,  et, à travers vous, à toute la jama’a de Mawlânâ Cheikh Ibrâhîm NIASS, à toute la grande famille tidjâne, à toute la ummah islamique… les qualités que voilà et bien d’autres encore faisaient de Thierno Harouna la courroie de transmission entre les disciples et vous, Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry, sultan des savants.

Mais, Thierno n’est pas parti sur la pointe des pieds parce que, tout comme Mawlânâ Cheikh at-Tidjâni, il nous a quittés un jeudi à l’aube alors que Bâye est venu au monde  un jeudi après-midi.
Les similitudes avec Abal Abbâs Ahmad at-Tidjâni ne s’arrêtent pas là : Thierno Harouna a disparu le 2 safar, mois de Cheikh Ahmad at-Tidjâni.

En effet, Mawlânâ Cheikh Ahmad at-Tidjâni, non seulement est né  le 18 safar 1150 (1737 pour le calendrier grégorien) mais aussi et surtout, c’est le 18 safar 1214 (1799-1800) qu’il fut élevé à la station de la Katmiyatu.
Nous ne nous étendrons pas sur cet événement car, comme le nom l’indique, Dieu l’a caché aux hommes.

Toutefois, quelques  grandes que soient les pertes que voilà, nous devons saluer l’avènement de Cheikh Ahmad Ibrâhîm NIASS dit Serigne Dâm, homme pétri de qualités morales et sociales, un savant hors pair, une force tranquille, un guide multidimensionnel dont l’une des priorités est de renforcer l’unité, la solidarité et la prospérité de la grande  famille niassène, vœux  qui vous sont chers, Mawlânâ.

Le périple de Cheikh Hasan Cissé – l’érudit, le diplomate et le très respecté imam-râtib de la prestigieuse Mosquée de Madîna-Bâye – à travers les grands foyers faydhiques de la Mauritanie et ses étapes de Matâ-Mulâna, Boubacar et  Rosso, inaugurent de grands moments de retrouvailles utiles et de spiritualité féconde dont les conséquences sont déjà ressenties dans la grande Jama’a d’El-Hâdj Ibrâhîm.
Ce fut l’une des premières  heureuses initiatives sous l’ère du très sage (hakîm) El-Hâdj Ahmad Ibrâhîm NIASS.

L’accueil chaleureux que vous avez  réservé à Imam Hasan ibn Cheikh Alioune CISSE – ou Hasan ibn Fâtoumatou Zahrâ Bint El-Hâdj Ibrâhîm NASS − et à sa délégation, a connu un écho retentissant à Madîna-Bâye.
C’est une preuve éclatante de votre profond attachement à Cheikh Bâye  dont Imam Hasan, « Borom-Atlanta », un des grands bienfaiteurs de l’islam par le grand nombre et la qualité des convertis-disciples qu’il draine chaque année,  fut un des plus proches.

Mawlânâ Cheikh,
Il nous semble opportun de rappeler certains événements d’une importance capitale qui ont beaucoup contribué à l’élargissement  et à la consolidation de la grande Jama’a de Mawlânâ Cheikh Ibrâhîm NIASS.
Il s’agit tout d’abord de votre visite mémorable au Sénégal en février 1992 et de ses étapes de Fatick, Pikine et Fith-Mith.
Ce séjour, aujourd’hui entré dans les annales de la faydhâ, s’est effectué au moment du regrettable différend sénégalo-mauritanien, parallèlement à une longue période de sécheresse.
Comme pour manifester Son accord total à cette visite, Dieu le Miséricordieux décréta une pluie bienfaitrice tout au long de votre séjour…Deux mois après, les frontières sénégalo-mauritaniennes furent rouvertes : la cérémonie du 30 avril  put se tenir.
C’est également le début de la renaissance de la faydhâ avec l’adhésion de plusieurs milliers d’aspirants issus de zones jusque-là réfractaires à la pensée de Cheikh Bâye.

En 1993, à la surprise générale des disciples, Abdallâh Ould Abdallâh, diadème de la sainteté, vint à Dakar et plus précisément à la cité Millionnaires et à la Sicap-Castors.  Certes, ce n’était pas son premier séjour à Dakar, mais c’était la première fois qu’Abdallâh s’y présentait au grand jour. Nous eûmes tous des frissons parce que nous avions le pressentiment qu’un événement allait se produire.
Effectivement, Abdallâh  était venu faire ses adieux à Dakar et aux disciples de Cheikh Ibrâhîm. Il rendit l’âme le samedi 06 novembre 1993. Ce fut une grande perte pour la jama’a qui, pour honorer la mémoire d’
Abdallâh Ould Abdallâh, se développa grâce à l’apport bénéfique des proches du Cheikh, tels le regretté Mokhtar Ould Hindy disparu en 1995, mais aussi Abdallâh Rabbâni, Dâl Ould Yusûf…

En 1998, Seydî Ahmad Ould ADDA, alias Ustaaz, séjourna au Sénégal. Rappelons q d’Ahmad ue ce titre lui a été décerné par l’honorable Muhammadu Michriy.
Ustaaz est un enseignant de haut niveau, un jurisconsulte écouté dans tout le Trarza, un imam d’une probité inégalable. Son séjour à Ngapparu est encore gravé dans la mémoire de la communauté islamique de cette bourgade.
Les questions qui lui ont été posées par les  oulémas ont toutes connu des réponses nettes et précises. Tant à Fith-Mith qu’à la cité S.H.S., Ustaaz aura beaucoup aidé les disciples à mieux appréhender les concepts.

En septembre 1999, Seydî Muhammadu Yahyâ O Khaïry fit un bref séjour à Dakar. Sa seule présence est une chance pour les disciples de Mawlânâ Cheikh. Philosophe, grammairien, écrivain de renom et grand connaissant par Dieu, Seydî Muhammadu Yahyâ ne cesse d’étonner ses lecteurs par la profondeur et l’exubérance de sa production.

Seydî Muhammadu Yahyâ s’adresse surtout aux érudits à qui il procure cette nourriture spirituelle qu’on ne retrouve que dans les écrits des savants.
Pourtant, malgré sa haute stature intellectuelle et administrative, Seydî Muhammadu Yahyâ demeure  un homme courtois, calme et pondéré.

L’année 2000 est, dirions-nous, l’année faste pour la jama’a de Dakar qui a eu l’honneur d’accueillir les Hel  Khaïry du 31 janvier au 11 février.
Outre la présence  de Mawlânâ Cheikh, de ses frères, sœurs et compagnons, on note surtout celle très honorable de notre mère Fatoumata Mint ADDA alias Daa iya, ou Daa iya ila Lâhi : celle qui conduit les fidèles à Dieu.
De Mâtâ-Mulâna à Boubacar, Dâ iya s’est illustrée dans la formation ésotérique, la tarbiyya, des disciples. Tout aspirant à qui échoit la chance de s’entretenir avec notre sainte mère, grâce à Dieu, obtient l’ouverture (  fat’ hu), d’où son surnom.

Sa piété, sa bonté, son ouverture d’esprit font d’elle la mère de la faydhâ renaissante.
Daa iya et  Saydâ Mariyam Mint ADDA plus connue sous le pseudonyme d’Abdallâh Ould Abdallâh (que Bâye lui a donné), constituent des trésors de l’islam dignes d’être cités dans le Mémorial des Saints aux côtés de Rabi’ a, Veïs Qarni, Mâlik Dinar et de tant d’autres « mines de sincérité et de pureté.»

Mawlânâ Cheikh, le séjour de Seydî Mouhamdi Ould Khaïry à Dakar au mois d’août dernier, aura contribué efficacement à sensibiliser vos disciples à la nécessité impérieuse de se retrouver autour de l’essentiel, autour de vous, en faisant fi de tout ce qui distrait, de tout ce qui divise.

Seydî Mouhamdi Ould Khaïry, notre maître, est une véritable encyclopédie tant son savoir est vaste, profond et raffiné. Quand il aborde la sharia, vous le prenez pour un cadi, un jurisconsulte ; lorsqu’il parle de mâ’rifa, vous souhaitez qu’il ne s’arrête jamais. C’est pour dire que Seydî Mouhamdi est un érudit polyvalent, polyglotte, universel, d’une pureté indubitable.

Tous ces éminents membres de votre sainte famille  ne nourrissent qu’une seule ambition : la réalisation de l’unité, la solidarité et la concorde de notre grande jama’a. Celle-ci n’a qu’une seule conscience, une orientation unique, un seul Guide : vous, Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry, source intarissable de la mâ‘rifatu billâh dont nous nous glorifions d’être les disciples, les humbles serviteurs. Aussi devons- nous faire preuve d’une abnégation,  d’une discipline et d’une circonspection  à défaut desquelles rien de vraiment sérieux ne peut réussir.

Assurément, et c’est un truisme, les serviteurs ne sauraient avoir le même rang, occuper la même place. Parmi nous, fleurissent vos muqadams chargés de l’éducation spirituelle, de la formation morale et de la gestion administrative des dâhiras.
Ils servent de relais entre votre Eminence  et les aspirants  ou  néophytes.

Notre conviction est que notre jama’a devrait s’orienter vers la création d’une coordination administrative des dâhiras du Sénégal et de la Gambie couronnée d’un léger bureau lui-même chargé de l’organisation efficiente des munâsaba, de la collecte de la khidma, etc.

Pour ce faire, nous, disciples, devons   nous évertuer à méditer les exemples que ne cesse de nous fournir notre Maître : entre autres, la pondération, la probité morale et intellectuelle, la générosité de cœur et d’esprit, l’impartialité, la fraternité, le sens du pardon… et l’effort soutenu à acquérir la maa’rifatu billaahi.

Les vices et travers des uns et des autres s’opposent diamétralement à la philosophie morale qu’enseigne Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry qui s’appuie sur le Coran et la sunnah du Prophète Muhammad (sas) explicités par les exemples donnés par Mawlânâ Cheikh Ahmad at-Tidjâni  et le vénéré Cheikh al-islam El .H. Ibrâhîm.

Frères et sœurs, restons unis et solidaires !  Alors, nous procurerons le plus grand plaisir à Mawlânâ Cheikh, à Mawlânâ El-Hâdj Ibrâhîm, à Mawlânâ Cheikh Ah at-Tidjâni, au Prophète Seydînâ Muhammad (s a s), à Allâh TwT qui, comme l’avait dit Mawlânâ Cheikh, sont tous là,  à nos côtés, dans cette auguste assemblée.