Visite de Mme le ministre Seynabou Ly MBACKE à Saldé le 26 juillet 2011

Allocution prononcée par M. Harouna Amadou LY, président de l’A.D.S.

Mesdames, Messieurs,
Le 27 décembre dernier s’éteignaient les lampions des quatrièmes Journées économiques et culturelles de Saldé qui, de par leur faste, resteront à jamais gravées dans la mémoire des Foûtankobés. Ce mardi, 26 juillet 2011, nous, populations de Saldé et environs, sommes heureuses de recevoir notre fille Seynabou-Ly MBACKE, la première femme ministre originaire de notre patelin.

Nous remercions son Excellence Monsieur le président de la République d’avoir bien voulu, à travers madame le ministre Seynabou-Ly, honorer tout le Foûta et, plus particulièrement, Saldé-Tébégout. Nous saisissons cette opportunité pour manifester notre engagement citoyen à l’endroit des pouvoirs publics car qui honore Seynabou, notre enfant prodige, nous honore à plus d’un titre.

En effet, même si elle a vu le jour loin de son Foûta originel, Seynabou dite Astou LY, n’en n’est pas moins l’arrière-petite-fille de Tafsîr Mamadou Lamine Amadou Balêdjo Déwa Elimâne Moctâr (1829-1913). Evidemment, la force de l’eau vient toujours de la source.

Tafsîr, exégète réputé, était un homme de Dieu, un puits de connaissances, mieux, un jurisconsulte dont les sept Jâgordhé ou grands Electeurs du Foûta avaient reconnu et admiré la probité morale au moment où, à Hôré-fôndé, porte d’entrée occidentale du Bôssoya, il enseignait le Coran et le fiq ou droit musulman. Il fut le trente-troisième et dernier Almâmy du Foûta dûment élu (1879-1880), le trente-quatrième, Cirê Bâba ou Boûbou Âba de Diâba, ayant été investi puis destitué par le colonisateur français. C’était en 1881.

Visite Seynabou Ly Mbacke
Visite Seynabou Ly Mbacke

De 1881 à 1894, Almâmy Mamadou Lamine assuma les charges de cadi près le tribunal musulman de Saldé. Comme assistants, il choisit Thiêrno Mamadou Samba Siley Demba Bâyé dit Mamadou Couro Elimane Bayâ, notre grand-père, (1869-1943) et Thiêrno Hadrâmé Elimane Bayâ (1875-1949). Le 27 septembre 1894, Almâmy fut promu cadi supérieur avec pour résidence Kaëdi.

Par Arrêté du 11 novembre 1894, Félix Henri Lamothe, gouverneur du Sénégal du 23 août 1890 au 19 mai I895, lui légua les terres « kolâdhés » des Founêbés, à savoir : Kerlâne, Manga, Ndoumma et Mâri-wêta dont il confia la gestion à ses cousins Mamadou Siley Demba Bâyé LY (1819-1903), Samba Siley et Tamîmou Siley Demba Bâyé.

Almâmy est le père de Baïdi Souwâdou (1859-1894) qui a procréé Fâtimata Baïdi (1884-1928), Hâdi Baïdi (1886-1938), Abdoul Baïdi (1892-1963) et Couro Elimâne dite Coumba Baïdi Souwâdou (1894-1977).

Elu chef du village de Saldé en 1912, à l’âge de 26 ans, Hâdi Baïdi demeure le plus jeune édile de cette bourgade de tous les temps. Par la suite, alors chef de canton, Hamidou Abdoulâye KANE (1885-1949) fit de lui son représentant plénipotentiaire (proconsul) dans le Haut Diêri.

Hâdi Baïdi engendra Mamadou Hâdi (1912-1993) qui, tour à tour, assuma les charges de chef de canton du Niombatou (Toubacouta), chef de subdivision de Foundiougne, préfet de Kolda, puis de Gossas, encore de Foundiougne, et, enfin, commissaire au pèlerinage aux lieux saints, son dernier poste.

On ne peut séparer l’ongle de la chair. Mamadou Hâdi est le père de Hâdi Mamadou Hâdi, alias Vieux (1942-1998) qui, de par sa mère Sala Racine KANE ou Sala Fâtimata Baïdi Souwâdou Almâmy Mamadou Lamine, est le petit-fils de Racine Abdoulâye KANE, chef du Dimar de 1903 à 1906, et arrière-petit-fils d’Abdoulâye Alphâ Cirê KANE (1848-1928), chef supérieur des Yirlâbés-Hebbiyâbés de 1894 à 1912. En 1912, Abdoulâye Alphâ KANE fut admis à faire valoir ses droits à la retraite au profit de son fils Hamidou KANE qui aura régné de 1913 à 1947.

Hâdi dit Vieux LY exerça d’abord le métier de professeur de lettres, puis celui d’administrateur civil après un stage de formation à l’Ecole nationale d’administration du Sénégal. Par la suite, il assura les fonctions ci-après : adjoint au gouverneur de la région de Louga, directeur de cabinet du ministre de l’industrie, puis de celui du plan, secrétaire général de ce dernier département, directeur du Portefeuille de l’Etat et, enfin, directeur général de la Sonepi et, ce, jusqu’à son rappel à Dieu le 16 mai 1998.

Hâdi Mamadou Hâdi dit Vieux LY est le père de Seynabou dite Astou LY, son fac-similé physique, intellectuel et moral, à qui il a inculqué son courage, son goût de l’effort soutenu, ses ambitions vigoureuses et son esprit d’organisation et de méthode. C’est pour dire que la cruche ne suinte que ce qu’elle contient.

Eu égard à son ascendance et à son éducation, Seynabou-Ly MBACKE, désireuse de se ressourcer sur le sol de ses ancêtres, ne s’est jamais départie des valeurs philosophiques et morales du Foûta-Tôro. Mieux, elle en a fait son vade-mecum.

Après avoir décroché un baccalauréat scientifique, Seynabou obtint une licence puis une maîtrise en sciences économiques, un DESS dans le domaine « Banque, Finance et Négoce international », un master en économie et finance internationales. Astou est véritablement une tête bien faite.

Parallèlement à ses fonctions d’analyste financier et de responsable ou coresponsable de nombre d’entreprises à vocation financière basées au Sénégal mais aussi au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Gambie, au Mali, au Togo, Seynabou dispensa des enseignements à l’UCAD et dans des instituts supérieurs de Commerce et de Gestion.

Comme le dit l’adage, la femme est la moitié du ciel. Sa promotion doit être l’une des préoccupations essentielles de tout gouvernement conséquent. Le président WADE l’a si bien compris, lui qui a créé le département de l’Entreprenariat féminin et de la Micro-finance. Seynabou qui en est le digne locataire est, sans nul doute, dans son élément comme un poisson dans l’eau.

Son souci de contribuer à la prospérité de la femme sénégalaise par le truchement de l’éradication définitive de la pauvreté, nous réjouit à plus d’un titre. Aider la femme sénégalaise à réussir son insertion parfaite dans le tissu économique et social de notre pays est la noble tâche que s’est assignée Mme MBACKE venue nous voir munie d’une notification de financements exceptionnels. Les femmes du Foûta l’en remercient vivement et promettent de se mettre totalement à sa disposition. A Seynabou, à sa délégation et à ses invités, nous souhaitons la bienvenue à Saldé-Tébégout.

Mesdames et messieurs, après la casquette d’historien biographe, à présent, permettez-nous de porter celle du président de l’Association pour le Développement de Saldé (A.D.S), titre auquel nous revient le privilège de nous adresser à cet aréopage de très prestigieuses personnalités. Apolitique par principe, l’A.D.S a vu le jour le 12 janvier 1992.

Visite Seynabou Ly Mbacke
Visite Seynabou Ly Mbacke

A son actif, nous pouvons citer la réalisation du mur ceinturant le cimetière, la rénovation de notre mosquée à laquelle sont adjointes des toilettes modernes, la construction d’un grand marché, la participation à l’édification du collège, la maintenance du forage et des motos-pompes des périmètres intégrés villageois, l’appui logistique à l’école élémentaire, l’organisation des Journées économiques et culturelles de décembre 2011 et, last but not the least, chaque année, la commémoration de la naissance du Prophète Mouhammad, psl, ou mawlîd-an-nabî…Toutes ces réalisations n’ont été possibles que grâce aux contributions mensuelles ou exceptionnelles des filles et fils de Saldé, exclusivement.

Mesdames et messieurs, nous ne saurions terminer sans faire cas de nos doléances dont la plus urgente est de faire face aux méfaits dévastateurs de l’érosion fluviale parce que, si on n’y prend garde, sous peu, Saldé sera rayé de la carte du Sénégal.

Le fort colonial construit en 1859 et les maisons des riches traitants saint-louisiens ont disparu depuis plus de 50 ans. Le cimetière bicentenaire fortement menacé par les eaux, risque de disparaitre lui aussi et, vu son importance historique, il urge de lui apporter des mesures appropriées dont les services immédiats d’un dragueur.

En ce qui concerne le désenclavement intégral de l’Ile à morfil, nous saluons les efforts déjà faits ou qui sont en train de l’être. Grâce à l’intervention de notre frère l’ambassadeur Abdoulâye Racine KANE, les travaux de réhabilitation du radier submersible de Ngouy touchent à leur fin… Les tronçons Pété-Ngouy et Médina-Ndjathbé-Cas-cas, de même que la construction de la dorsale ou route longeant le fleuve de Ganguel à Podor et l’électrification de toute l’Île, devraient suivre sans délai.

Mesdames et messieurs, il n’est pas logique que des riverains d’un grand cours d’eau comme le Sénégal souffrent de pénuries alimentaires, surtout céréalières. Pourtant, tel est notre lot cyclique car hormis de minuscules périmètres irrigués et, faute de moyens adéquats, les terres et l’eau dont nous disposons à profusion, ne nous servent pratiquement à rien.

La cuvette rizicole Saldé-Wallah qui nous soulageait beaucoup a rendu l’âme depuis belle lurette. Nous souhaitons vivement sa restauration et, ce, conformément aux grandes visions agricoles de notre Etat, à savoir le REVA et la GOANA que nous ne connaissons que par le biais de la presse.

Mesdames et messieurs, comme l’a écrit Blaise Pascal, « vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà ». C’est pour dire que, même si, quelque part, les découpages administratifs font des mécontents, nous, populations de l’extrême-est de l’Ile à morfil, déclarons solennellement et sans ambages, que nous en voulons.

En effet, Saldé qui fut, tour à tour, chef-lieu de province, puis de subdivision, de cercle, de canton, d’arrondissement et, de nos jours, d’une sous-préfecture obsolète et décharnée, ne dépend plus que du bon vouloir de communautés rurales dont les sièges et les présidents changent au gré des réformes ou réformettes locales.

Nous sollicitons la création d’une commune rurale devant englober les localités allant d’ici à Wallah, soit plus de 6000 âmes. Bien entendu, au cas où le département de Podor serait érigé en région, Saldé postulerait pour un des chefs-lieux de département. Nous en avons gardé la tradition et l’esprit. Les dernières doléances que nos formulons sont la transformation du C.E.M en lycée, l’affectation à notre poste de santé d’un infirmier d’Etat expérimenté et d’une sage-femme d’Etat… Le recrutement de l’actuel chef de poste.

Mesdames, Messieurs, voilà les quelques mots que nous voulions placer à l’occasion de la visite de notre fille, Mme le ministre Seynabou-LY MBACKE. A tous et à chacun, nous disons merci.

Harouna Amadou dit Harouna Rassoulou