Ziyâra de Boubacar (R.I.M.) : 20 avril 2001

MAWLÂNÂ CHEIKH,

Nous sommes encore une fois heureux et fiers d’être à Boubacar-la-pieuseBoubacar-la-généreuse,  qui, depuis vingt-trois ans, domine le monde  de l’intellect par la force de son verbe initiatique, la pertinence de ses proverbes mystiques et l’élégance de sa verve poétique intarissable.
Oui, nous sommes à Boubacar, le terreau fertile du savoir sublime, savoir que, sous d’autres cieux et en d’autres circonstances, ont magnifié les plus grands penseurs de notre religion : qu’ils s’appellent Ibn Arabi, Awhad ad-dîn Balyâni, Ibn Tamiyya,   Al- Ghâzali  et bien d’autres  têtes bien faites. Ce savoir que nombre de saints, à un moment donné de leur vie, ont cru détenir et dont Mawlânâ El-Hâdj Ibrâhîm NIASS  fut, après Mawlânâ Cheikh Ahmad. at-Tidjâni, le légitime dépositaire.

C’est  Bâye qui a enrichi la ma’arifatu billâhi traditionnelle de la puissance bénéfique du torrent de la faydhâ : cette crue bienfaitrice qui  emplit les  vastes espaces  du soufisme et procure à l’humanité tout entière les nourritures spirituelles jadis tant recherchées, particulièrement, mais en vain, par les Almoravides et les Almohades et dont se régalent à satiété tous les disciples de Mawlânâ  El-Hâdj Ibrâhîm NIASS.
Aujourd’hui, Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry, vous êtes le restaurateur et le vivificateur confirmé de la faydhâ.

Assurément, nous sommes à Boubacar-la-courageuse qui, tout comme Madîna-Bâye, défend vaillamment les valeurs sacrées de l’islam, la plus dynamique des religions révélées, la seule qui allie Soumission (islam), Croyance (imân) et Embellissement (ihsân) : les trois étapes de la marche initiatique (as-sayru), elle-même consécutive à un engagement personnel  (as-sulûk) d’accéder à la gnose ou ma’a’rifa  dont, grâce à Mawlânâ Cheikh Ibrâhîm, nous franchissons  chaque instant un arpent de plus.

Nous sommes enfin à Boubacar-la-pieuse qui, comme Madîna-Bâye-la-bienheureuse, depuis sa fondation, fourmille de savants attirés par la sainte aura de Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry, phare surplombant toute la ummah islamique, véritable pôle du soufisme moderne et preuve évidente de la réalité califale.

La présence de tout ce monde à ce sanctuaire de la foi, de l’amitié et de la solidarité islamiques qu’est la République islamique de  Mauritanie, prouve d’année en année, que les frontières héritées de la colonisation, selon les vœux sincères exprimés  par leurs excellences les Présidents  Ould TAYA et WADE , le 03 avril dernier, ne seront bientôt qu’un lointain souvenir car nos deux Etats sont « un », indivisibles et aspirent ensemble à la paix , à la sécurité et au développement économique et social.

Leur histoire religieuse commune est très ancienne. Toutefois, l’envoi en 666 d’Uqba Ibn Nafî en Afrique du Nord, la fondation par lui  de Kairouan, ses attaques réussies contre les infidèles en 681-682 à Tanger et au Souss, de même que les victoires décisives entre 705 et 708 de Moussa Ibn Nuçayr, alors Gouverneur d’Ifriqiya, peuvent être considérés comme d’importants jalons dans la grande expansion victorieuse de l’islam au Maghreb.

La Mauritanie, quant à elle, fut l’un des principaux points d’aboutissement des célèbres caravanes de commerçants-prédicateurs berbères sillonnant à dos de bêtes de somme ( dromadaires, notamment) les  pistes transsahariennes de l’ouest et  convertissant sur leur passage des milliers de païens noirs.
C’est ainsi que, par la volonté de Dieu, ce pays  est devenu un des foyers ardents de diffusion de l’islam en Afrique de l’Ouest ; la Tunisie et le Maroc n’ayant été, à ce moment-là, que de simples étapes et, ce, nonobstant le rôle prééminent joué sept à huit siècles après par les Abd’el-Wadides et les Marinides.

Seydî Abdoul Karîm DIALLO ou Abd al-Karîm ben Ahmed Nagguel, (Ahmed à la petite vache) ou Ahmed Nadel ( Ahmed du village de Nadel) , près de Timbo, province de Labé (Fuuta-Djalon), et son disciple Cheikh Umar Tâl de Halwâr, près de Podor (Fuuta-Tooro), ont propagé la Tidjâniyya en Afrique noire alors que les Mauritaniens Cheikh  Muhammad el-Hâfiz de la tribu des Idaw-Ali et son disciple Cheikh Mawluud Vâl de Timbouyâli , lui-même maître-initiateur d’Abdoul Karîm, en ont été les éminents précurseurs.

Sous la houlette de ces saints, la Tidjâniyya a elle aussi emprunté les  pistes transsahariennes de l’ouest avant de s’installer en Mauritanie d’où elle est partie pour conquérir les rivages des fleuves Sénégal et Niger et le pied des montagnes du Fuuta-Djalon.
Alors que la faydhâ a arrosé Madîna-Bâye-la-glorieuse avant d’inonder le monde, mais c’est Madîna et Boubacare-la-pieuse qui,  ensemble, désaltèrent aujourd’hui notre planète.

De nos jours, Madîna-Bâye et  Boubacar sont incontestablement les principaux centres de propagation de la Tidjâniyya dans le monde  et Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry est, sans conteste, l’Emir des hommes d’élite, le véritable chantre de la renaissance spirituelle, le pont indispensable qui relie la Mauritanie et le Sénégal et le trait d’union entre les civilisations négro-africaine et arabo-berbère.

C’est dire que, unis et solidaires, le Sénégal et la Mauritanie culmineront sur le monde car, grâce à Dieu, ils sont les deux pays où le  zikru lah est la préoccupation quotidienne de fidèles qui en font leur credo, leur raison de vivre, avec la bénédiction de la sainte famille d’El-Hâdj Ibrâhîm NIASS dont le « nassir al-haqqi bi al- haqqi », la vérité par la vérité , est la devise et la base de l’éducation intégrale, tarbiyya, qu’elle  inculque aux néophytes et aux aspirants.
Pour terminer, nous transmettons à nos frères et sœurs de la République islamique de  Mauritanie les salutations chaleureuses  des Sénégalaises et des Sénégalais.

Vive Mawlânâ Cheikh Ould Khaïry et toute la grande famille de Mawlânâ El-Hâdj Ibrâhîm NIASS !