Abdoulaye Elimane KANE

Biographie synthétique du Professeur Abdoulaye Elimane KANE

« Soyez philosophe ; mais au milieu de toute philosophie, soyez un
homme. »

Abdoulaye Élimane KANE est le fils d’Alphâ Cirê II plus connu sous ses prénoms d’Elimane Racine KANE ou Elimane Hawo-kane Abdoul Cirê Tôli Penda, né en 1896 et rappelé à Dieu en 1974.

Ancien élève de la Médersa de Saint-Louis du Sénégal et commis expéditionnaire-interprète de profession, au gré de ses mutations souvent dues à son tempérament chaud, Élimâne Racine «n’avait pas la langue de bois. Il avait l’habitude de dire les choses crûment ».

Dans le cadre de son travail, il a séjourné tour à tour à Bakel , Kaolack , Goudiry, Diouloulou , Sédhiou , Tivaouane, Diourbel et à Dakar. Il est l’auteur de trois monographies :

  • La polygamie musulmane au Sénégal, Paris, La Revue indigène, n°133-135, 1920, p.26 -31
  • Le « Guibla » et l’islam soudanais, Paris, La Revue indigène, n°142-144, 1920, p.91-102,
  • La distribution des cases des femmes dans le carré du mari commun, IFAN, n°26, 1945, p.11-14.

Racki Dickel (1912-2005) alias Coudi Amadou Mamadou Siley Thiêrno Demba Bâyé ou Racki Hapsa Amar ATHIE Penda-Sy Amadou Hammât de Pété, est la mère de l’auteur de la «Philosophie « sauvage » dont Amadou Coudi Amadou Sokhna Hamidou Thiêrno Déwa Elimâne est le le prénom maternel.

Au Fouta-Toro, plus précisément à Saldé , on attribue à chaque nourrisson au moins deux prénoms : celui du « Livre  » choisi par le père du nouveau-né le jour du baptême en présence de l’imam de la mosquée, celui que que propose la mère au même instant ou un peu plus tard et ceux proposés par les autres parents selon leur degré de familiarité et leur inspiration du moment.

Abdoulaye Kane a vu le jour le lundi 06 octobre 1941 dans une maternité indigène de Kayes, « ville cosmopolite de l’ancien Soudan français, aujourd’hui République du Mali, ville riveraine du fleuve Sénégal et du chemin de fer Dakar-Niger » où servait son oncle maternel et futur beau-père, le cheminot Mamadou Amadou Elimâne Mamadou Siley Demba Bâyé dit Mama LY.

Comme il en est d’usage en Afrique, très tôt on attribua au jeune garçon des sobriquets dont le premier fut « Kaaw kuundal » à lui collé par sa cousine et tante (nièce indirecte de son père dont elle était également
l’une des épouses) Fâtim Oumahâné SALL.

« Kaaw kuundal, dont le sens, un mélange subtil de révérence et de dérision, correspond approximativement à « oncle de pacotille ». Mais aussi (sens littéral) «qui aime remuer le contenu de la marmite ».

A Goudiry, on le surnomma Sêga «prénom d’adoption … de nombre de descendants de la famille « régnante » du Boundou …  »

Alors qu’il n’avait pas encore les sept ans requis pour aller à l’école française, c’est à Tivaouane que Kaaw Kuundal prit contact avec cette institution: « Mon oncle Amadou KANE, cousin de mon père, brillant instituteur sorti de la prestigieuse Ecole Normale Supérieure William – Ponty alors sise à Gorée, était le directeur de l’école … Mon oncle était connu pour sa droiture et sa sévérité.

« De temps en temps, parce que nous étions insupportables, on nous conduisait, mon frère Beddi et moi, à l’école et (mon oncle) nous demandait de rester au fond de la classe sans broncher.

« Nous étions doublement sanctionnés. Tenus de rester assis à même le sol, le dos au mur. Contraints d’entendre, sans le comprendre, le dialogue qui se déroulait, en français, entre le maître, mon oncle, et ses élèves…

L’école, son cadre et un peu de son rituel auront pour cette raison marquée de manière précoce mon esprit d’une empreinte particulière. »

C’est également à Tivaouane que, à la suite d’une chute due à son activisme débordant, le jeune Sêga se fractura le bras gauche.

Pour se le faire plâtrer, il se rendit à Dakar accompagné de sa mère qui préféra loger à la rue Blanchot, chez son cousin Dia Amadou Ben Cheikh qui prit en charge toutes les dépenses afférentes aux soins qu’exigeait le prompt rétablissement du petit espiègle.

En novembre 1948, le fils aîné de Raki Dickel fut inscrit à l’école des garçons de la Médina. Toutefois, comme il souffrait d’une méchante conjonctivite, et, de peur qu’il ne contaminât ses camarades de classe, sa première rentrée scolaire devait être retardée jusqu’à sa pleine guérison. D’ailleurs, il trouva son repos médical trop long. Ainsi, grâce à une astuce fort amusante, il décida d’amener ses parents à reconsidérer leur position. Le prétexte, c’est que ses camarades de classe qui, entre-temps, avaient appris à fredonner des airs et à écrire sur leurs cahiers, semblaient être en avance sur lui.

Pour écourter son repos, l’avis favorable de l’infirmier était nécessaire.

Alors Abdoulaye « décide de prendre les choses en main pour être en état de me rendre à l’école. « J’utilise alors un subterfuge qui eut le mérite, une fois qu’il fut découvert et définitivement disqualifié, d’inciter mon père à retourner voir l’infirmier pour lui arracher un avis favorable.

Il y avait dans l’une des pièces de la maison, accroché au mur, à une hauteur que ma main ne pouvait atteindre, un almanach à éphémérides dont il fallait chaque jour détacher une feuille pour afficher celle portant la date et le jour adéquats.

« J’avais encore à patienter sept jours pour avoir le droit d’aller à l’école. Je pris la résolution de monter sur un banc et de faire avancer le calendrier de cinq jours, en lui ôtant autant de feuillets. Et le soir, montrant du doigt l’almanach, je fis remarquer à mon père que, dans deux jours c’est-à-dire le lundi suivant, je mettrai ma nouvelle tenue pour aller à l’école.

« Après un moment d’inattention où mon information ne suscita aucun commentaire, le doute s’insinua dans l’esprit de mes parents qui, l’un après l’autre exprimèrent leur scepticisme bien qu’ils furent convaincus que j’allais mieux. Ils n’eurent pas de mal à découvrir mon stratagème. Ce qui me valut une forte réprimande. Encore que, si sur le principe on me fit savoir que tricher est répréhensible, Élimane et Racki dissimulaient mal l’amusement que suscitait en eux mon idée de dérober, à la semaine, autant de jours ouvrables … »

Très enthousiaste d’aller à l’école des Blancs, Abdoulaye se mit très tôt au travail. En fin d’année scolaire, il passa au Cours préparatoire deuxième année (CP2). L’année suivante, sans difficulté aucune, il accéda au Cours élémentaire première année (CE1). Toutefois, dès le démarrage des enseignements, du fait du caractère pléthorique de la classe, la direction de l’école décida d’organiser un examen spécial devant faire passer les cinq meilleurs élèves immédiatement au CE2. « Et c’est ainsi que je me suis retrouvé au CE2, alors que le premier trimestre était à peine entamé. »

Dans Philosophie « sauvage » Abdoulaye révèle sa chaude baignade à la baie de Soumbédioune, célèbre plage située à l’Est de Dakar. «Aussitôt arrivé, je me dépouille de ma chemise … je pénètre dans l’onde, d’abord à petits pas.
Bientôt l’eau m’arrive à la taille, puis au buste et subitement le sol se dérobe sous mes pieds. Je veux revenir en arrière, mais la pente est si forte que je suis réduit à seulement avancer… Dans ce court laps de temps, je m’aperçois que personne ne prête attention à ma situation.»

N’ayant jamais appris à nager, il s’est donc noyé et, curieusement, par miracle, il fut extrait de l’eau. In petto, Abdoulaye se souviendra toujours de cet après-midi. Pour dire, avec Jean Lacroix, que « la philosophie, c’est la transformation par l’esprit de l’événement en expérience. »

Malgré tout, Abdoulaye KANE n’a jamais voulu conter cette aventure à ses parents. Même pas quand, en 1970, il piqua sa première crise d’asthme dont il a lié les causes aux tasses d’eau mer que, à l’occasion, il avait bues lors de sa mésaventure. Le petit miraculé garda jalousement son secret et la vie continua comme si de rien n’était.

Pour les Cours moyens première et deuxième années (CM1 et CM2), Abdoulaye Elimane séjourna à Saldé-Tébégoutt, le village où la dynastie KANE s’est installée.

Pour rappel : de 1894 à 1912, Abdoulaye Alpha Ciré KANE, l’oncle paternel d’Élimane Racine Alpha Ciré KANE, y a, le premier, exercé les charges de chef de la province des Yirlâbhé-Hebbiyâbhé. Son fils Hamidou Abdoulâye et son petit-fils Mamadou Lamine Racine Abdoulâye, ont, tour à tour, occupé le trône jusqu’au début des indépendances.

Saldé-Tébégoutt est, en outre , le village paternel de Racki Dickel, la mère du célèbre philosophe et homme politique. En effet, venant de Bagodine, Thierno Demba Bâyé Môdi LY, l’aïeul du clan, a prêté main forte à Déwa Élimane Moctâr LY qui, vers 1783, a ressuscité le village dont les premiers habitants, les Sérères, ont quitté la zone depuis le XI ème siècle. Ce sont eux qui avaient baptisé le site « Tayba-Gouye » ou village des baobabs.

De concert avec Diarno Sâdio Boûbou GUISSÉ, célèbre tisserand au «savoir noir » immense, par ses incantations et ses libations, Thiêrno Demba Bâyé Môdi a pu faire déguerpir les djinns qui infestaient les lieux, puis, avec le même procédé, il est parvenu à défricher des hectares
de forêts facilitant ainsi l’installation humaine au détriment des fauves contraints de s’éloigner des lieux d’habitation. Thierno Demba Bâyé fut également le premier imâm de la mosquée de Tébégoutt, fonction que sa descendance a exercée jusqu’en 1943, année du décès de son arrière-petit-fils Thiêrno Mamadou Samba Siley Demba Bâyé dit Mamadou Couro Élimane Bayâ.

Racki Dickel, la mère de l’éminent philosophe,est aussi la petite-fille de Hamidou Thiêrno Déwa Elimane Moctar ci-devant père de Sokhna Hamidou alias Sokhna-Dia qui a donné naissance à Amadou Sokhna , lui-même père de Racki Amadou (mère d’Abdoulaye) et Mamadou Amadou dit Mama LY, le beau-père du philosophe.

À Saldé, du fait du très jeune âge d’Abdoulaye, monsieur Amadou Mokhtar GUÉYE, son maître du CM2 et futur directeur de l’école de la Médina, préféra le présenter uniquement au Certificat d’Études Primaires Élémentaires (CEPE). Cette pratique était à l’honneur durant la période coloniale et meme un peu après. L’examen se déroula à l’école1 de Podor ouverte le 23 octobre 1894 dont le directeur, le vaillant Boûbou SALL (1900-1994), historien et homme politique de premier plan, deviendra plus tard sénateur.

En sa qualité de directeur de l’école régionale de Dagana, monsieur Makha SARR (1908-1988), futur conseiller territorial, député du Sénégal et maire de la capitale du Wâlo-Brack de 1959 à 1978, y était envoyé comme chef de centre. Sans la moindre difficulté, Abdoulâye KANE réussit à ce premier test scolaire.

En novembre 1954, il reprit le CM2 à l’école primaire annexe du Cours normal de Mbour, dans la classe de monsieur Hozatt, un Français.

En juin 1955, il réussit au concours des Bourses (entrée en sixième) en même temps que ses camarades de Saldé: DIA Hâdy (1935-1964), DIALLO Djibril Hammât alias Thiêrno Fâtim (1942-2002) et DIÂWARA Mouhammed Fâdel (1941-1994), tous natifs de Tébégoutt, auxquels s’ajoutent LY Abdou Salam du village de Pété et SALL Amadou Demba de Boké-Salsalbé. Ils furent tous orientés au collège moderne Blanchot de Verly, à Saint-Louis du Sénégal, anciennement appelée École primaire supérieure où, à l’image de l’Ecole normale de Gorée et de ses futures filleules, ont transité nombre d’élites de l’Afrique de l’Ouest.

D’ailleurs, c’est au collège Blanchot qu’Abdoulaye fut initié au scoutisme, mouvement de la jeunesse reposant sur l’apprentissage de valeurs cardinales telles que l’esprit de solidarité, l’entraide, la bonne camaraderie, la joie de vivre en société et le respect de son prochain. Toutes choses qui prédestinent le garçon au métier d’enseignant et à la vie politique . D’autant qu’un cœur en joie est un filtre qui fait de l’or. Abdoulaye l’aura prouvé dans sa très riche production romanesque.

On l’appela « Hibou patient », expression sensée signifier les principaux caractères ( totem) de celui à qui on l’ attribue symboliquement au terme d’épreuves consacrées. Il resta à Blanchot jusqu’à l’obtention du Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC), en juin 1960 . Puis, sur sa demande et grâce à l’intervention diligente de son cousin Aboubacry KANE (1925-2014), Conseiller territorial puis député du Sénégal, lui et son cousin Ibrahima Niang dit Fâdel Couro furent orientés au Lycée Vanvo de Dakar : établissement scolaire d’excellence et réceptacle des élèves issus de la bourgeoisie coloniale ouest-africaine. Il y passa le second cycle et obtint le baccalauréat littéraire en juillet 1964.

Quelque temps avant cet heureux événement, pour être plus précis, dès le 24 avril, le quotidien Dakar-Matin annonce la sélection, par le Centre culturel américain, de KANE Abdoulaye, parmi les neuf candidats dont le futur banquier Alioune NDAO, devant, en cas de réussite au bac, bénéficier d’une bourse d’études aux Etats-Unis d’Amérique. Abdoulaye opta pour le journalisme. Du fait de l’impair dû à sa présence en France au moment du départ des bénéficiaires de ce prestigieux sésame, il ne put réaliser son vœu de découvrir le pays d’Oncle Sam.

C’est ainsi que, dès la rentrée universitaire d’octobre 1964, le fils aîné de Racki Dickel s’inscrivit en Propédeutique (tronc commun) à la faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar. En fin d’année, sur la douzaine de matières qui leur étaient dispensées, il choisit l’anglais , l’histoire et la Philosophie. Parmi ses condisciples on peut citer : Abdoulaye Sokhna DIOP, Abdou SYLLA, Abbé Théodore Adrien SARR, actuel archevêque et chef de l’Église du Sénégal…

Après sa réussite à la licence de Philo, Abdoulaye obtint une bourse d’études en vue de préparer la maîtrise en France. Tout comme Abdou SYLLA en Philo et Makhily GASSAMA en Lettres modernes, il débarqua à Paris en septembre 1967 et s’inscrivit à La Sorbonne, l’université française tant adulée par le président Léopold Sédar SENGHOR. Il obtint un logement au boulevard Montparnasse, donc moins d’une demi-heure de marche lui suffisait pour se rendre à la faculté.

En 1968, il soutint son mémoire de maîtrise en philosophie dont le sujet porte sur les notions de temps et de mémoire chez saint Augustin. Dès lors, il s’engagea à préparer une thèse de troisième cycle. En attendant, il décida de rentrer au bercail où, en octobre 1969, après deux actes d’affection annulés, il fut enfin envoyé au lycée Blaise Diagne en qualité de professeur de philosophie. Il y séjourna jusqu’en 1977, année à laquelle il rejoignit l’université de Dakar.

Entre-temps, en 1972, après avoir publié un entrefilet de M. Latyr KAMARA (1919-2000) , le quotidien Le Soleil servit à ses lecteurs les séquences d’une passe de stylos succulente axée sur le marxisme, sa définition et son évolution historique entre, d’une part, Abdoulaye Elimâne KANE, alors jeune professeur certifié de philosophie qui a pris le contre-pied de la brève contribution, et, d’autre part, les plumitifs aguerris du Parti Socialiste d’alors qui avaient la réputation de rabattre le caquet à tous ceux qui s’aventuraient à critiquer le Président SENGHOR et sa formation politique.

Bara DIOUF (1927-2016), journaliste qui, de 1974 à 1986, a succédé au journaliste-diplomate Aly DIOUM (1930-2014) à la tête du quotidien Le Soleil, le Pr Babacar SINE alias Doudou (1938-2009), philosophe, marxiste pur et dur, premier directeur africain du CESTI de 1981 à 1990, après qu’il eut jeté ses baluchons au Parti socialiste dont il devint l’idéologue, Moustapha NIASS, administrateur civil, directeur de cabinet du Président SENGHOR puis ministre, Djibo KA, jeune étudiant à l’Université de Dakar, puis adjoint au directeur de cabinet précité et Ousmane Tanor Dieng conseiller diplomatique du président SENGHOR , entre autres , allaient au charbon pour défendre leur parti. Aussi bien dans les journaux qu’à la radio (RTS) ces mastodontes de la plume et du microphone répondaient aux critiques du tac au tac.

Malgré son impréparation aux joutes doctrinales de ce genre, Abdoulâye Élimane KANE a quand même su tenir la dragée haute aux éminents tribuns très forts en phraséologies et, à l’occasion , s’y est forgé l’image d’un débatteur certes pondéré mais d’une admirable pugnacité. Il y a ainsi démontré que «la vraie philosophie est de voir les choses telles qu’elles sont.»

En 1973, les qualités que voilà lui ont valu l’honneur d’être choisi pour prononcer le discours d’usage au cours de la cérémonie officielle de remise de prix au Concours général, en présence du président Léopold Sédar SENGHOR, poète émérite et chantre de la Négritude.

En 1975, Amadou Racky épousa sa cousine utérine Coudy Mamadou Amadou LY avec qui eut trois garçons et deux filles.

En octobre 1976, à La Sorbonne, il soutint avec brio sa thèse de troisième cycle ce qui lui donna droit à un poste d’assistant au département de philosophie de l’université de Dakar où il servait déjà comme vacataire. La même année, il adhéra au Rassemblement National Démocratique (RND) du professeur Cheikh Anta DIOP dont il partageait la vision panafricaniste.

Après les élections législatives de 1983, il démissionna de cette formation et, le 31 août de la même année, il participa à la fondation du Parti de la Libération du Peuple (PLP) aux côtés de Me Bâbacar dit Mbaye NIANG (1930-2007), des professeurs Tidiâne Baïdi LY et Seyni NIANG (1931-2003). Sans l’avoir sollicité le moins du monde, il fut nommé vice-président du PLP qu’il quitte en 1989 pour rejoindre le Parti Socialiste (PS), jusqu’alors port d’attache, voire vivier naturel de l’aristocratie foûtanké dont il est issu. Il y est accueilli par ses cousins Aboubacry KANE, Cheikh Hamidou KANE (Sam-Matam), Cheikh Hamidou KANE (Mathiâra), etc.

La même année, son ami, cousin et camarade de promotion, Ibrahima NIANG alias Fâdel Couro ou imâm , nommé ministre de l’Education nationale, lui confie la direction de son cabinet.

En 1990, choisi comme conseiller technique à la présidence de la République, il prend le relai de son cousin Mouhamadou Abdoulaye DIA alias Kâssoum, inspecteur de l’Enseignement primaire de profession et ancien chef de division de l’Enseignement du premier degré au ministère de l’Education nationale, alors admis à faire valoir ses droits à la retraite.

De 1993 à l’an 2000, sous le magistère du Président Abdou DIOÛF, il exerce les charges de :

  • Ministre de la Communication : du 02 juin 1993 au 15 mars 1995;
  • Ministre de la Culture : du 15 mars 1995 au 05 avril 2000.

Le Professeur Abdoulaye Elimane KANE est l’auteur d’une dizaine de romans :

  • Le Prince Malal, 1987. Ce conte « met en scène le problème de l’environnement puisque la trame de l’histoire se déroule dans une région désertique où l’enfant va finalement, après avoir failli être sacrifié pour faire tomber la pluie, recueillir une information sur la manière de gagner de l’eau sans avoir à pratiquer des sacrifices humains. »
  • La maison au figuier, 1995, « Le figuier est le seul figuier de la maison mais aussi du village. Il symbolise non seulement la résistance à toutes sortes d’agressions tout comme les habitants de la maison résistent à l’arrivée de l’administration coloniale, à la violence et à l’animosité d’un voisinage qui partage le même espace après le percement des rues.

Cette résistance prend une forme concrète dans le roman sous la figure de cette jeune fille de la maison au figuier qui joue le rôle de leader auprès de ses compagnes de la même classe d’âge. »

  • Les Magiciens de Bagador, 1996, « s’inscrit à l’ère actuelle entre l’homme puisqu’il s’agit du rapport entre l’homme et la machine, ici l’ordinateur … Je pourrais même dire que l’ordinateur est le personnage central de mon second roman… »
  • Markéré, 2000 ; « La relation que Markéré entretient avec le génie du fleuve fait de cet enfant précoce un être aux dons prodigieux. Ce récit envoûtant donne une description à nulle autre pareille du fleuve Sénégal, devenu monstre fabuleux à force de refléter histoires oubliées, drames méconnus et actions héroïques. »
  • Les Cinq secrets de mon père, 2003. Un mort raconte le journal d’un condamné à mort, le sien.
  • La femme-parfum, édition L’Harmattan, 2010. « C’est une œuvre bâtie sur des ruines, excavations et fouilles que l’auteur a voulues ; il a remodelé son monde en commençant par Gorée et nous a rapprochés du futur en l’installant au Foûta. Il nous livre un message de grande portée dans un style fort agréable qui laisse espérer que demain, « le soleil se lèvera aussi » sur une Afrique réhabilitée et courtisée par sa créativité. »
  • Philosophie « sauvage », la vie a de longues jambes, édition L’Harmattan, 2015. « Qui lit le livre « Philosophie sauvage » connaîtra un peu mieux le professeur Abdoulaye Élimane KANE… L’ouvrage raconte sa vie, son enfance à Dakar, puis au Foûta, précisément à Saldé, dans l’Île-à-morfil, puis un retour à Dakar pour un cursus scolaire et universitaire et en France, son parcours d’enseignant, de politicien et aussi d’autorité ayant des charges ministérielles… »
  • Les Dissidents, édition L’Harmattan, 2016 « Les Dissidents aborde l’étrange fragilité des liens humains. Ce roman évoque le sentiment d’insécurité inspiré par cette fragilité, ainsi que les désirs conflictuels visant à resserrer les liens…

C’est un récit fluide agréable à lire » . L’idée de départ de l’auteur est de démontrer que « dans les familles, au sein d’une corporation de journalistes, à travers la crise casamançaise et à travers la découverte d’un embryon de réseau intégriste, le roman explore la nature de cette chose mystérieuse que sont l’appartenance à une communauté, la poursuite d’un idéal partagé et l’attachement à une transcendance. »

  • Penser l’humain. La part africaine 2016. « A travers une vingtaine de textes portant sur des savoirs et des pratiques de l’Afrique noire, l’auteur fonde son analyse sur l’hypothèse suivante : un invariant, plus significatif que les autres, occupe le cœur de la pensée africaine.

« Ce livre est une investigation sur des objets aussi variés que les mythes et les cosmogonies ; la conception et l’organisation de l’espace-temps ; la nature et la fonction du savoir ; le sacré et la profane. »

Conclusion

De son inscription au cours d’initiation, en novembre 1948, à son admission à faire valoir ses droits à la retraite en 2006, Abdoulaye Elimane KANE aura prouvé à nous autres ses cadets, que le sérieux, la détermination et l’abnégation sont des qualités à cultiver si on veut gagner et mériter sa place au soleil.

Ayant vécu sous l’emprise d’un père rigoureux et intransigeant sur les principes, Abdoulaye a très tôt compris que le désir de réussir est le premier jalon de la réussite. Cultiver la modestie en est le second. Le calme, la perspicacité et la pondération sont indispensables à quiconque veut bâtir un avenir radieux loin des fards et artifices. C’est ainsi que, parallèlement à sa charge de professeur de lycée, pourtant à l’époque très prisée par les jeunes intellectuels sénégalais, il s’est mis au travail pour arriver à présenter une thèse de doctorat d’État de philosophie.

De son statut de vacataire au département de philosophie de la Faculté de Lettres de l’Université de Dakar à son admission à la retraite, il gravit les échelons pour atteindre successivement les grades de Maître de Conférences puis de Professeur titulaire des universités, spécialiste en épistémologie qui, pour d’aucuns, se définit comme l’étude critique des sciences et de la connaissance scientifique. Pour d’autres l’épistémologie traite de la connaissance en général et peut se pencher sur des objets non scientifiques.

De plus, Abdoulaye Élimâne est un acteur politique qui, au sein des formations (RND, PLP, PS) dans lesquelles il a milité ou milite encore , a occupé des responsabilités de premier plan. Son sérieux, son engagement partisan et le haut sens des responsabilités qui l’animent expliquent et justifient les sept ans qu’il a passés à la tête de deux départements ministériels après avoir assumé, successivement, les charges de directeur d’un cabinet ministériel et de conseiller technique à la présidence de la République.

Cette biographie doit être considérée comme un simple aide-mémoire pour tous ceux qui veulent faire la connaissance de cet homme sympathique et disponible. Lire ses œuvres dont « Philosophie « sauvage » est un plaisir dont il ne faut guère se passer.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *